Le 14 août dernier, dans le cadre de la présente campagne électorale, huit organisations environnementales rendaient publique une plate-forme commune spécifiant les attentes de ces groupes en regard des actions du gouvernement du Québec en matière d'environnement.
L'objectif de la présente n'est pas de discuter des enjeux environnementaux soulevés dans ce document, d'autant que l'industrie forestière québécoise a pris, depuis plusieurs années, un virage important qui la place, aujourd'hui, comme le leader mondial en matière de pratiques forestières certifiées, dans un contexte d'aménagement durable et intégré des forêts.
Nous voulons plutôt revenir sur l'affirmation du document qui prétend que «l'exploitation de nos forêts publiques est en fait déficitaire pour le Québec depuis 2007, c'est-à-dire que les sommes d'argent investies de nos fonds publics sont supérieures aux redevances payées par les compagnies privées pour exploiter cette ressource et ce déficit est grandissant...»
Cette affirmation porte préjudice à l'industrie puisqu'elle ne tient pas compte de l'ensemble des bénéfices engendrés par les activités de celle-ci pour la société québécoise.
Rappelons brièvement qu'après avoir passé à travers un cycle économique particulièrement difficile au cours des six dernières années, l'industrie forestière du Québec représente toujours près de 104 000 emplois directs et indirects, plus de 17,5 milliards de chiffres d'affaires, dont des exportations de 7,5 milliards soit 13% des exportations totales du Québec. Ne croyez-vous pas que ces retombées contribuent à l'enrichissement du Québec? Ce sont également des investissements annuels de plus de 400 millions dans la modernisation et la transformation de nos usines.
Revenons aux redevances : ne prendre en compte que celles-ci pour évaluer la rentabilité de l'exploitation de la forêt est d'omettre que, pour chaque 100 dollars de chiffres d'affaires générés par l'industrie, les gouvernements retirent en revenus fiscaux et parafiscaux plus de 12 $ en impôts corporatifs, taxes de vente, taxes sur le carburant, taxes municipales, impôts des travailleurs, cotisations à la RRQ, RAMQ, CSST, etc.
En conséquence, un chiffre d'affaires de plus de 17,5 milliards permet d'estimer que nos trois paliers de gouvernement retirent annuellement près de 2,1 milliards en revenus. Ainsi, on constate que les redevances ne constituent qu'une faible partie de l'ensemble des revenus versés à l'État par l'industrie forestière.
Peut-on se passer, comme société, d'une telle création de richesse à partir d'une affirmation réductrice sur les redevances?
D'autant que si on examine plus spécifiquement cet aspect, deux constats s'imposent. Le premier est qu'au cours des dix dernières années, l'industrie forestière a payé en moyenne, annuellement, 261 millions de dollars en redevances. Évidemment, celles-ci étant basées sur le véritable prix du marché de la matière ligneuse, elles ont diminué du fait, qu'au cours des dernières années, la fibre s'est transigée en quantité et à des prix moindres eu égard à la crise vécue par l'industrie. Dans son dernier cadre financier, le gouvernement du Québec estime qu'elles reviendront à un niveau de 220 millions annuellement dès 2013-14, en raison de l'amélioration des marchés, particulièrement aux États-Unis.
L'autre constat se base sur le fait qu'au Québec la forêt est publique à 90%. Il appartient donc à son propriétaire, soit le gouvernement, d'investir les sommes nécessaires pour la maintenir en bon état. Ainsi, dans ses prévisions pour les cinq prochaines années, le Gouvernement investira environ 200 millions par année dans la réalisation des travaux sylvicoles. Il ne s'agit pas d'une dépense mais d'un investissement qui, compte tenu du cycle de la forêt, doit se faire année après année sans égard aux cycles économiques.
Devrait-on laisser brûler la forêt ou doit-on combattre les incendies de forêt ? Devrait-on laisser la tordeuse des bourgeons de l'épinette ravager des milliers d'hectares de forêt où doit-on combattre les effets dévastateurs de cet insecte ?
Toute personne qui jardine un tant soit peu comprend qu'il faut travailler son jardin et le récolter régulièrement si on veut en tirer le plein potentiel. Il en va de même pour la forêt et cette responsabilité incombe au gouvernement qui s'en acquitte, non seulement au bénéfice de l'industrie forestière, mais au bénéfice de l'ensemble des Québécois(es).
Il nous apparaissait important de rétablir ces faits afin que, dans notre société, l'ensemble des citoyens comprennent comment l'industrie forestière contribue à l'enrichissement de la société québécoise et de l'ensemble de ses régions, en transformant le matériau écologique par excellence : le bois.
André Tremblay, LLB
Président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec