Si la CSN était un parti politique, elle serait tout à fait justifiée d'utiliser les cotisations librement versées par ses partisans pour financer, au coût de 200 000$, une campagne publicitaire visant à diaboliser le gouvernement ou un parti adverse. Mais en tant que syndicat - qui a pour première mission de représenter l'ensemble les travailleurs qu'elle regroupe en matière de relations de travail -, elle fait preuve d'un manque de discernement quand elle détourne une partie des cotisations de ses membres pour financer une campagne strictement politique comme celle qu'elle déploie présentement dans les médias.
Non seulement la CSN n'utilise-t-elle pas de façon légitime l'argent qui lui est confié, mais elle subtilise, à des fins idéologiques et politiques, des cotisations que tous ses membres, quelles que soient leurs opinions ou leur allégeance politique, doivent obligatoirement lui verser en vertu de la formule Rand. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les travailleurs et la démocratie québécoise méritent beaucoup mieux!
Même s'il estime compréhensible l'application de la formule Rand, qui fait en sorte que tous les travailleurs qui profitent des conditions de travail négociées par les syndicats soient appelés à participer à leur financement, le Conseil du patronat du Québec croit que les associations de travailleurs devraient être légalement tenues de consacrer la totalité des fonds qui leur sont versés sur une base obligatoire pour représenter les intérêts de leurs membres sur le seul plan des relations de travail. Si ces associations souhaitent, par ailleurs, effectuer des interventions de nature politique ou idéologique, elles devraient être obligées de financer ces activités au moyen de cotisations volontaires. On devrait en outre exiger qu'elles rendent compte publiquement de l'utilisation des fonds qui leur sont confiés.
Il est important de préciser ici que notre opinion à ce sujet ne vise pas à soutenir une administration ou une formation politique. Le Conseil du patronat demeure une organisation non partisane, indépendante et apolitique, qui s'insurge contre l'utilisation inacceptable de cotisations syndicales à des fins partisanes. À cet égard, mentionnons que cette position est massivement partagée par une portion très importante de la population québécoise, dont font évidemment partie les travailleurs syndiqués.
Un sondage effectué en mars dernier auprès de 1049 Québécois(e)s par la firme Léger Marketing pour le compte du Conseil du patronat révèle en effet que le grand public se montre favorable à une utilisation des cotisations syndicales plus transparente qui soit strictement réservée à des fins de relations du travail. Une proportion de 88% des répondants ne trouve pas acceptable que les cotisations syndicales servent à prendre position sur différents enjeux de société, et 97% qu'elles servent à appuyer un parti politique. On pense également, encore dans une proportion de 97%, que les syndicats devraient être légalement tenus de rendre des comptes - soit auprès de leurs membres, soit publiquement - sur l'utilisation des cotisations syndicales payées par des employés syndiqués. Soulignons que le montant des cotisations syndicales perçues annuellement au Québec est de l'ordre de 1 milliard$.
De la CSN qui s'inquiète de transparence, d'utilisation légitime de fonds et de démocratie dans sa campagne publicitaire inacceptable, on serait tenté de penser qu'elle voit la paille dans l'oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien.
Yves-Thomas Dorval
Président
Conseil du patronat du Québec