Il n'y a pas une seule journée où nous ne lisons pas ou n'entendons pas qu'il manque de médecins de famille et qu'une partie de la population est à la recherche de la perle rare qui voudra bien l'adopter. Alors, quand j'entends le ministre Bolduc affirmer que la pénurie de médecins de famille sera comblée d'ici 2016 ou encore qu'il ne croit pas à la pénurie de médecins de famille, j'ai l'impression de nager en plein paradoxe. Qui plus est, le ministre rejette du revers de la main les conclusions d'une étude sérieuse du CSSS de la Vieille-Capitale qui, justement, sonne l'alarme quant aux difficultés qui seront rencontrées à la suite des nombreux départs à la retraite de médecins de famille prévus pour les années qui viennent.
Le problème ne peut être pris à la légère. Les médecins âgés ont un profil de pratique qui ne correspond pas à celui des plus jeunes. Les jeunes médecins de famille travaillent davantage en milieu hospitalier. Actuellement, à l'exception d'un système coercitif d'attribution de postes (permis régional d'exercice de la médecine «PREM») et de lois obligeant les jeunes médecins à adapter leur pratique en priorité en milieu hospitalier, les solutions concrètes pour favoriser la prise en charge par les nouveaux médecins sont quasi-inexistantes. Pourtant, lors d'un sondage réalisé auprès des résidents en médecine familiale par la Fédération des médecins résidents du Québec au printemps 2011, 70% des répondants anticipaient faire de la prise en charge au cours de leurs cinq premières années de pratique.
Nous avons peine à voir comment la planification du gouvernement arrivera à assurer l'accessibilité aux soins de première ligne. Pour revenir à l'exemple de Québec, des trois PREM réservés au milieu universitaire, deux étaient dédiés entièrement aux soins à l'urgence, donc nullement réservés à la prise en charge. Le gouvernement mise sur le retour des médecins des autres régions, une fois que ceux-ci auront débuté leur pratique. Cette stratégie non seulement enlève des médecins des régions mais prive ces mêmes régions de médecins d'expérience, tout en exigeant d'elles de se réadapter constamment. La mobilité interrégionale n'est certainement pas la solution.
Les résidents souhaitent assumer la prise en charge si chère aux yeux du ministre, mais, pour que ce souhait se concrétise, les règles ministérielles doivent la valoriser. Le gouvernement doit encourager et valoriser la prise en charge et s'adapter aux nouvelles réalités de pratique. L'inclusion de la prise en charge comme priorité (AMP) est un début, mais certainement pas la panacée. Le ministre doit aussi assurer le maintien des petites cliniques en soutenant les jeunes médecins financièrement, s'il veut éviter le pire. Sinon, celles-ci fermeront. Si le gouvernement ne réagit pas maintenant, ce n'est pas une augmentation exagérée du nombre d'étudiants et de résidents en médecine qui répondra au problème. En fait, une telle approche ne fait qu'exacerber le manque d'enseignants et d'encadrement en médecine de famille, compte tenu des capacités d'accueil limitées. Il nous faut une gestion responsable, équitable et juste envers les jeunes médecins.
Marie-Renée B-Lajoie, MDCM, CMFC
Présidente, Comité des affaires pédagogiques - Médecine familiale
Fédération des médecins résidents du Québec