Ainsi, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), la plus radicale association étudiante opposée à la hausse des frais de scolarité, ne pourra, jusqu'à nouvel ordre, toucher un sou des fonds récoltés à la suite du spectacle-bénéfice offert lundi dernier par la Coalition des humoristes indignés (CHI). La raison: des militantes féministes ont vertement critiqué et condamné la présence d'humoristes ayant l'outrecuidance de gagner leur vie en «véhiculant des propos sexistes, racistes et homophobes».
La proposition lapidaire a été déposée au Congrès des membres de l'association, mais faute de quorum avant le vote (sic !), elle n'a pu être traitée. Sans position claire, les dirigeants de la CLASSE ont préféré geler les fonds recueillis. Sans désigner de coupables, Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE, en a rajouté, en dénonçant certains humoristes qui «entretiennent des préjugés et des stéréotypes». Le dossier reste donc «au stade de la réflexion», précise-t-elle. Voilà qui n'annonce pas un dénouement facile. Le vote sur cette épineuse question a été reporté au 3 juillet prochain.
Parmi les suspects possibles d'infractions à la rectitude politique, mentionnons François Massicotte, Guy Nantel, André Sauvé, Daniel Lemire, Mario Jean, Guillaume Wagner et Laurent Paquin, autant de membres de la CHI qui se verront heureux de sentir des soupçons de misogynie, de racisme et d'homophobie planer sur leur tête.
Nous nous trouvons donc en présence de trois partenaires, CLASSE, féministes et humoristes, présumément unis par un objectif commun, et paralysés par leurs priorités militantes. On se croirait au Parti québécois! Encore heureux que personne n'ait songé à demander la tête de Gabriel Nadeau-Dubois. Sait-on jamais...
Espérons que les artistes visés auront la sagesse et l'humilité de comprendre les arguments des féministes, d'admettre leur erreur et de corriger le tir dans leurs futures prestations... Souhaitons surtout qu'ils ne se sentiront pas trop vexés d'avoir voulu soutenir une cause dont certains partenaires condamnent leur art, au nom de principes dits supérieurs. Les féministes pousseront-elles la défense de leurs nobles valeurs jusqu'à refuser l'argent? Vous dire mon étonnement si tel était le cas...
Dommage que nous ne puissions lire dans les pensées de Nadeau-Dubois, devant cette volte-face au sein même des troupes opposées à la hausse et à la loi 78. Après tout, peu importe la cause, l'argent reste le nerf de la guerre et le montant dévolu à la CLASSE représenterait tout de même plus de 12 000 $. Il n'y a pas de petites économies.
Il serait étonnant que les médias s'attardent sur ce dossier somme toute futile, en comparaison d'autres aspects d'une crise dont le dénouement reste incertain, malgré la perspective d'élections imminentes. Gageons que, loin des projecteurs, chaque partie «belligérante» saura mettre de l'eau dans son vin au nom des intérêts supérieurs de la cause et de la nécessité de la soutenir financièrement. Il y aura tout de même lieu de se demander si, devant la façon dont les humoristes ont été traités dans ce dossier, certains artistes ne prendront pas leurs distances d'une militance active contre la hausse et le loi 78, même s'ils continuent à la soutenir en principe.
Olivier Kaestlé, Trois-Rivières