En réaction au texte «La Chine et nous» du professeur Sylvain Charlebois
Votre texte m'a tout simplement choquée. «La Chine est une nation qui s'adapte, qui s'organise», dites vous, en sous-entendant peut-être que pour le Québec ce n'est pas le cas. Peut-être parce qu'il est plus difficile ici pour les dirigeants de passer des lois qui restreignent la liberté d'expression et de contrôler la population qui conteste un régime corrompu. Du moins, c'est ce que je croyais avant les lois 78 et C-38...
Malgré les indéniables avancées socio-économiques dont vous faites mention, vous oubliez largement de parler du revers de la médaille. La plupart des analystes s'accorderont pour dire que la classe qui forme l'élite a largement bénéficié de cette croissance économique qui reste fragile et repose principalement sur un régime qui dépense plus pour maintenir la stabilité sociale qu'en défense nationale.
Ce que vous appelez le nécessaire «paternalisme étatique» est en fait un régime politique autoritaire qui réprime fortement la liberté d'expression, d'association et maintient des politiques qui parfois vont à l'encontre des droits humains, restreignant également l'accès à l'information.
Alors je suis en désaccord lorsque vous dites qu'ils canalisent leurs «efforts vers des objectifs collectifs». Ce boom économique a du même coup contribué à agrandir le fossé des inégalités, surtout entre les milieux ruraux et urbains.
Vous allez même plus loin en prétendant que manifester équivaut à régresser ou au mieux, à stagner: «pendant que la Chine progresse, le Québec manifeste». Alors que les Québécois refusent le statu quo, la corruption et réclament leur droit le plus fondamental, soit qu'on écoute ce qu'ils ont à dire.
Puis, il est faux de dire que les Chinois ne contestent pas. La preuve, selon Human Rights Watch*, les Chinois sont de plus en plus nombreux à dénoncer les abus de pouvoir, la discrimination, la corruption et les inégalités sociales. On dénombre de 250 à 500 protestations par jour qui rassemblent tantôt des dizaines et tantôt des dizaines de milliers de citoyens qui réclament à chaque fois plus de justice, de transparence et dénoncent les faux-pas du gouvernement.
Il est vrai cependant que le Québec gagne bien entendu à apprendre des autres, de leurs erreurs comme de leurs bon coups. Les Chinois continuent à protester malgré la menace de détention, d'arrestation, de torture ou même de disparition.
Vous dépassez toutefois les bornes, lorsque vous parlez de domination du monde! Est-ce selon vous le but ultime que devrait rechercher le Québec? Est-ce qu'on devrait instaurer un régime autoritaire et répressif au Québec? Au Canada? Certains diront qu'on s'en approche, mais à tout le moins, on peut toujours protester. Partout dans le monde, au Québec comme ailleurs, on a compris que c'est plutôt de justice qu'on a soif!
*Human Rights Watch, World Report 2012: China. http://www.hrw.org/world-report-2012/world-report-2012-china
Geneviève Lavoie-Mathieu, Québec