Point de vue

L'agriculture, de retour en ville

Il ne faut pas négliger les nombreuses retombées... (Photo: Robert Skinner, Archives La Presse)

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Il ne faut pas négliger les nombreuses retombées de l'agriculture urbaine : entre autres, augmenter la consommation de produits frais, améliorer la qualité de l'air, réduire les îlots de chaleur, etc.

Photo: Robert Skinner, Archives La Presse

Le Soleil

L'agriculture urbaine est en plein essor à Montréal, au Québec et dans plusieurs villes des États-Unis et d'Europe. Devant cet engouement, l'Office de consultation publique de Montréal tient d'ailleurs des consultations sur le sujet auxquelles vient tout juste de participer l'Union des producteurs agricoles.

Historiquement, l'île de Montréal a constitué un lieu extraordinaire pour la pratique de l'agriculture. Ses terres, riches et fertiles, ont permis une production agricole prospère qui s'est toutefois mise à décliner au début du 20e siècle sous l'effet de l'industrialisation. Avec l'agriculture urbaine, on assiste donc à une sorte de retour aux sources.

Alors qu'auparavant, la notion d'agriculture urbaine était surtout associée aux jardins communautaires et collectifs ainsi qu'aux petits potagers familiaux, elle prend maintenant d'autres formes. Qu'on pense aux Fermes Lufa et à leurs serres maraîchères sur les toits, à l'élevage d'abeilles ou encore à l'arrivée en ville des poules pondeuses!

Retour aux potagers d'antan pour certains; d'autres, dont le Fonds mondial pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), y voient une solution aux besoins alimentaires et aux défis de l'urbanisation, notamment pour les villes les plus pauvres. Selon la FAO, l'agriculture urbaine représenterait à l'échelle du globe 15% de la production alimentaire et toucherait 800 millions de personnes.

C'est bien sûr différent au Québec, qui peut compter sur près de 43 000 producteurs et productrices, répartis sur 30 000 fermes en région. À titre comparatif, la superficie d'une ferme maraîchère moyenne couvre environ 48 hectares, alors qu'à Montréal, on estime à 25 le nombre d'hectares consacrés à l'agriculture urbaine. C'est dire tout le poids de l'agriculture rurale s'agissant de subvenir aux besoins de la population québécoise.

L'agriculture d'ici présente en outre de multiples facettes par ses modèles de production, la taille des fermes, leur situation géographique, etc.; l'agriculture urbaine vient ajouter à cette diversité. À l'instar des marchés publics et de l'agriculture soutenue par la communauté (pensons à la popularité des paniers d'Équiterre), elle répond aux besoins des consommateurs soucieux de la provenance de leurs aliments et de se rapprocher de ceux qui les produisent.

Nous croyons que l'agriculture urbaine sensibilise la population à l'importance de l'agriculture, à l'achat local et responsable ainsi qu'aux bienfaits de consommer des aliments frais et de qualité. S'ajoutent à cela de nombreuses autres retombées: augmenter la consommation de produits frais, diminuer les coûts du panier d'épicerie, améliorer la qualité de l'air, réduire les îlots de chaleur, diminuer les eaux de ruissellement, etc.

Toutes ces fonctions ont le potentiel de reconnecter la population à son environnement, de lui faire prendre conscience du milieu qui l'entoure et de l'importance de préserver les espaces verts ainsi que les terrains propices à la «vie» agricole. Les gens de la ville seront plus à même de comprendre la réalité de ceux qui, tous les jours, contribuent à garnir leur assiette et à remplir une bonne partie de leur garde-manger et de leur frigo.

Cette forme d'agriculture rejoint par ailleurs fort bien la vision que préconise l'Union pour la future politique bioagroalimentaire du Québec, en cours d'élaboration, à savoir une agriculture réalisée par une multitude de fermes, ancrées dans toutes les régions, fournissant à la population des aliments sains, produits dans une perspective de développement durable et d'équité, répondant à leurs attentes.

Une vision, nous l'espérons, à même de rallier les Québécois, qu'ils soient de la ville ou des champs.

Marcel Groleau, président général de l'UPA

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