Peu avant la présentation du budget provincial en mars, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a déclaré aux journalistes que la famille québécoise moyenne paie suffisamment d'impôts et de taxes. Nous sommes parfaitement d'accord avec sa déclaration. En effet, cette année les Québécois ont dû attendre jusqu'au 17 juin, soit près de six mois, pour s'affranchir de l'impôt. Autrement dit, si la famille québécoise moyenne devait payer d'avance l'ensemble des impôts et des taxes qu'elle doit à tous les ordres de gouvernement, elle devrait remettre la totalité de son revenu gagné avant le 17 juin, journée d'affranchissement de l'impôt.
En 2012, la famille québécoise moyenne composée de deux personnes ou plus paiera un total de 37 516 $ en impôts et en taxes. Ce chiffre tient compte des impôts et taxes visibles, comme l'impôt sur le revenu, les taxes de vente et les impôts fonciers, et des taxes cachées, comme les taxes sur l'essence et l'alcool, l'impôt sur les bénéfices, etc. Il s'agit d'un fardeau important qui représente 45,7% du revenu moyen des familles.
Cette année, la journée d'affranchissement de l'impôt a eu lieu quatre jours plus tard qu'en 2011 : la famille moyenne doit donc travailler quatre jours de plus pour payer tous ses impôts et taxes. Cela s'explique en partie par une hausse des taxes. La hausse la plus importante cette année est celle de la taxe de vente du Québec (TVQ), qui a encore augmenté, cette fois de 8,5% à 9,5%. Les familles québécoises paieront 491$ de plus en taxes de vente rien qu'en raison de la hausse de la TVQ.
Or, ce montant n'est pas négligeable. Pour comprendre l'importance de la hausse de la TVQ et son impact sur le fardeau fiscal de la famille moyenne, il faut savoir que la journée d'affranchissement de l'impôt aurait eu lieu deux jours plus tôt cette année, soit le 15 juin, en son absence.
Outre la TVQ, le gouvernement du Québec a également augmenté d'autres taxes, dont les taxes sur l'essence et les impôts miniers, ainsi que les cotisations au Fonds des services de santé.
Non seulement la journée d'affranchissement de l'impôt arrive plus tard cette année, mais les Québécois sont parmi les derniers au Canada à s'affranchir de l'impôt. Seuls les Terre-Neuviens franchissent ce seuil plus tard que les Québécois, soit le 21 juin. À titre de comparaison, les Québécois attendent une semaine de plus que leurs voisins ontariens et six jours de plus que la famille canadienne moyenne pour atteindre la journée d'affranchissement de l'impôt.
Pis encore, la journée d'affranchissement de l'impôt arriverait encore plus tard si Québec et Ottawa avaient augmenté davantage les impôts et les taxes au lieu d'accuser des déficits pour couvrir leurs dépenses actuelles.
Cette année, Québec prévoit un déficit budgétaire de 1,5 milliard de dollars et Ottawa, de 21,1 milliards de dollars. Si les gouvernements finançaient leur déficit par une hausse supplémentaire des impôts et des taxes au lieu de fonds empruntés, les familles québécoises travailleraient six jours de plus, soit jusqu'au 23 juin, pour s'affranchir de l'impôt.
La «journée d'affranchissement de l'impôt avec un budget équilibré» n'est qu'un scénario hypothétique, mais la réalité est que les déficits publics devront être remboursés par des impôts un jour. C'est pourquoi la récente augmentation de la dette publique (qui comprend les déficits accumulés) - tant du gouvernement du Québec que du gouvernement fédéral - est préoccupante. Ainsi, en moins d'une décennie, la dette nette du Québec est passée de 99,0 milliards de dollars en 2004-2005 (37,7% du PIB) à 178,5 milliards de dollars en 2012-2013 (51,5% du PIB). En raison de l'accroissement de la dette, la journée d'affranchissement de l'impôt pourrait avoir lieu plus tard à l'avenir.
Si le ministre Bachand croit vraiment que la famille québécoise moyenne paie suffisamment d'impôts et de taxes, pourquoi augmente-t-il leur fardeau en les haussant aujourd'hui et accumule-t-il des déficits budgétaires qui mèneront probablement à d'autres hausses?
Milagros Palacios et Charles Lammam, économistes à l'Institut Fraser et coauteurs de l'étude intitulée Canadians Celebrate Tax Freedom Day on June 11, 2012, disponible à www.fraserinstitute.org