Réflexion

Réflexions sur la «contribution» attendue des étudiants

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Le Soleil

Partout dans le monde, on s'attend que tous les membres de la société apportent leur contribution personnelle au bien-être de la collectivité, chacun à la mesure de ses possibilités (évidemment réduites dans le cas des enfants, des personnes âgées et des handicapés). On reconnaît également comme normal que tous les citoyens qui travaillent reçoivent en retour un salaire en échange de leur travail, ce qui n'est cependant pas le cas des personnes aux études.

On nous a beaucoup parlé, récemment, de l'importance que les étudiants de cégep et d'université du Québec apportent eux aussi une «contribution» à la société en payant des frais de scolarité plus élevés étant donné qu'ils vont, plus tard, «faire de bons salaires» (ce qui n'est pas garanti pour tous). Une contribution financière est-elle la seule façon, pour les étudiants, d'apporter une contribution à la société? Je suis bien certain que non.

En effet, tous les étudiants impliqués dans des études avancées ont le devoir de travailler au succès de leurs études (ce que personne ne peut faire à leur place), ce qui n'est souvent pas une mince affaire: je me rappelle le temps de mes études universitaires où, dans mon département, plus de 80 étaient inscrits dans le même programme de génie que moi. À la fin de mes études, il en restait moins de la moitié, les autres ayant progressivement abandonné à cause de la difficulté des efforts nécessaires.

Évidemment, nous devions également défrayer une partie du coût de nos études, ce qui constituait un autre frein pour plusieurs de mes confrères provenant de familles modestes, qui ont dû «lâcher leurs études» pour aller travailler afin d'aider financièrement leur famille. Je considère donc que les efforts importants demandés aux étudiants pour le succès de leurs études constituent une «contribution» significative qui ne doit pas être oubliée dans le débat actuel...

Les étudiants manifestent également le désir de faire des propositions au gouvernement concernant l'avenir du Québec, ce qui constitue, là aussi, une «contribution» qui peut s'avérer utile et précieuse. Je ne comprends pas que, jusqu'ici, Jean Charest se soit montré si hautain et méprisant à leur endroit, comme si les étudiants n'avaient pas d'autre choix que de payer et de se «fermer la gueule». Ce n'est pas fort pour un «responsable de la jeunesse» au sein du gouvernement! Il n'est pas obligé d'être d'accord avec eux, mais il a au moins le devoir de les écouter. Le Québec a mis beaucoup trop de temps et d'efforts pour nous extraire de notre condition de «porteurs d'eau» pour prendre le risque d'y retourner faute de gens compétents et bien formés. Je comprends bien les étudiants de ne pas apprécier beaucoup cette perspective.

En conclusion, comme je ne suis pas certain que la société québécoise a vraiment les moyens d'offrir une complète gratuité pour l'enseignement supérieur, c'est une position que je ne retiens pas. D'autre part, une hausse trop importante des frais de scolarité risque de décourager plusieurs étudiants, d'autant qu'au sortir d'études supérieures, plusieurs d'entre eux vont se marier et avoir des enfants, une situation potentiellement très difficile s'ils ont en plus à s'acquitter de dettes financières trop importantes. Il y a des limites à exiger une «contribution» accrue aux étudiants, d'autant plus qu'ils en offrent une, mais de façon différente comme on peut le voir. Et si les droits de scolarité augmentent trop, bien des étudiants devront travailler à l'extérieur plus longtemps pendant leurs études, mettant par le fait même en péril leur capacité de réussir leurs études.

Dans les circonstances, il m'apparaît donc tout à fait logique d'envisager le gel des frais de scolarité au niveau actuel, à tout le moins jusqu'à ce qu'un bon ménage ait été fait dans la gestion des institutions d'enseignement supérieur, comme le suggèrent les étudiants. Beaucoup de gestionnaires de ces institutions sont d'anciens professeurs qui, malgré beaucoup de bonne volonté, n'ont pas nécessairement toujours les habiletés nécessaires pour assurer une gestion saine et efficace de leur institution. Une fois ce ménage complété, le gouvernement pourra toujours envisager à nouveau une hausse des frais de scolarité, mais en les conservant toutefois à un niveau raisonnable. Il en va de l'avenir de la société québécoise!

Claude Martin, ingénieur informatique retraité (après 23 ans) et ancien professeur de CEGEP (13 ans)

Lévis

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