Développer la Gaspésie ou sauver le caribou? La tour d'ivoire des fonctionnaires de la faune

Le déclin des populations de caribous du globe... (Photo: PC)

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Le déclin des populations de caribous du globe est évident. Les causes sont multiples, mais le réchauffement climatique devrait envenimer davantage la situation.

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Le Soleil

Le vendredi 20 avril à Sainte-Anne-des-Monts, il m'a été donné de voir des fonctionnaires défaire, après le dîner, ce que des élus venaient de faire avant le dîner.

Les élus de la Conférence régionale avaient traité le matin d'économie gaspésienne en rapport avec le caribou en péril. L'après-midi, en séance publique d'information, des fonctionnaires de la faune parlèrent aussi de sauvegarde du caribou, mais dans l'ignorance superbe des impacts sur le développement économique.

La CRE, porteuse des préoccupations citoyennes, a décidé de parler plus fort dans le dossier du caribou. Elle a convenu de participer plus activement à l'Équipe de rétablissement de cette espèce menacée, afin d'y faire valoir les impératifs de la mise en valeur écotouristique des monts Chic-Chocs et McGerrigle. Elle demande au ministère des Ressources naturelles et de la Faune de l'accompagner dans l'étude des répercussions socioéconomiques du plan de rétablissement du caribou 2012-2022 et de la consulter sur sa version finale. Heureuse prise de position, car un discours unilatéral autour du caribou est en train de faire des ravages.

Sur le conseil de fonctionnaires déconnectés, le MRNF vient par exemple de refuser à quelques entreprises récréotouristiques d'ici des permis pour du développement modeste et tout à fait en phase avec les standards de l'économie durable et de la protection de la nature. Ce sont même des modèles du genre. L'entreprise Ski Chic-Chocs en particulier, dans le secteur exceptionnellement neigeux de la mine Madeleine désaffectée en bordure du parc, offre une activité phare, véritable vitrine de promotion internationale de la Gaspésie en écotourisme de montagne. D'autres entreprises publiques ou privées oeuvrent dans ce secteur et font la fierté de la Gaspésie: Gîte du mont Albert, Destination Chic-Chocs, Traversée de la Gaspésie, Auberge de montagne des Chic-Chocs, Aventure Appalaches, Vallée Taconique, Auberge le Chic-Chac. Va-t-on maintenant leur montrer la sortie parce qu'on tripe caribou ?

Le bien commun exigent de penser le rétablissement du caribou, non en l'absence de l'homme, mais en coexistence avec lui, comme cela se fait en Colombie-Britannique et ailleurs.

Les refus du MRNF ne reposent, précisons-le, sur aucune étude spécifique démontrant la nocivité de ce type d'entreprise sur la situation du caribou. Les conseillers fauniques du ministre n'ont même pas vérifier ça, se contentant d'une méfiance archi-générale à l'endroit de la « présence humaine ». En réalité, le déclin du caribou s'explique par des causes déterminables qui n'ont rien à voir avec la pratique du ski hors piste: déboisement agricole et commercial de la forêt boréale, prédation par les coyotes et les ours noirs, réchauffement climatique. Partout dans l'hémisphère nord le caribou décline. Dans la péninsule gaspésienne, il a continué à décliner en dépit du contrôle sévère des activités humaines avec la création du parc national et des réserves fauniques, les plans spéciaux d'aménagement forestier, les plans successifs de rétablissement de l'espèce.

Néanmoins, des biologistes persistent à culpabiliser. Ils aimeraient qu'on se rachète en cessant d'utiliser les montagnes, y compris dans les formes durables et écotouristiques que cette utilisation a prises ces dernières années. Après la mise à mal des industries des pêches, des mines et des forêts, on dirait que ça ne les dérangerait pas qu'on prononce la fermeture du tourisme de montagne, supposément pour le salut du caribou.

Souvenons-nous. Il y a quarante ans aussi les arguments des «experts» étaient bons pour exproprier les habitants de Forillon. Aujourd'hui, on fait semblant de le regretter. Le rétablissement du caribou ne saurait se faire n'importe comment, ni à n'importe quel prix. S'il s'agit de tuer dans l'oeuf l'initiative économique et de faire végéter une région, un instant ! J'ai pu constater à la rencontre de l'après-midi, l'ignorance volontaire des «spécialistes» concernant les impacts socio-économiques de leurs recommandations.

Un participant a demandé: pourquoi ces campagnes d'information ? Il s'est fait répondre par un représentant du ministère que c'était pour... informer la population, la sensibiliser et autres synonymes. En réalité, c'est eux qui auraient besoin d'être sensibilisés par la population ou ses représentants. De toute évidence, ces séances d'information et cette publicité dans les médias ont pour but, difficilement avouable il est vrai, d'amener les gens d'ici à faire une croix sur l'utilisation économique des sommets gaspésiens.

Un autre citoyen a invité les responsables à tenir compte des requêtes de l'économie régionale dans leur problématique. Un professeur de l'UQAR lui a répondu en substance ceci : nous voulons déterminer les conditions «idéales» du rétablissement du caribou et nos chercheurs ne doivent pas s'autocensurer ou se laisser inhiber par des dimensions d'ordre socio-économique. En clair, ce directeur de recherche, à qui l'on vient d'allouer quelque 600 000 $ pour mieux étudier le caribou, a cru se faufiler derrière la neutralité scientifique. Mais le jupon dépasse.

D'abord, pourquoi le gouvernement devrait-il suivre les recommandations de gens enfermés exprès dans leur tour d'ivoire? Ensuite et surtout, rappelons que sauver le caribou est un enjeu public, un projet que peut se donner ou non une collectivité humaine ou l'instance politique qui la représente ; ce n'est pas un objectif de la science. Se consacrer à sa réalisation est un engagement qui n'a rien à voir non plus avec la neutralité scientifique. Cet engagement relève du débat public. Il est dans l'ordre des choses de traiter ce projet en rapport avec le bien commun, en particulier avec le bien-être économique de la collectivité. Les mesures de rétablissement du caribou doivent être applicables. Or, on n'est pas réaliste quand on écarte en partant l'intérêt public et qu'on snobe l'effort exigé de la population.

On ne peut pas, d'un côté, exploiter, dans le respect de l'environnement, l'atout exceptionnel que constituent nos sommets alpins et, de l'autre, fermer la porte aux entreprises qui font précisément cela. Le MRNF est-il contre le développement de la Gaspésie ?

Richard Gervais, Sainte-Anne-des-Monts

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