«Sorry Kids» ou La vente de feu

Le Soleil

Le gouvernement de Jean Charest a créé le Fonds des Générations en 2006. Il est censé y verser chaque année des sommes destinées à compenser le passif laissé par les baby-boomers aux générations qui suivent, c'est-à-dire essentiellement la dette publique. Dans le discours du budget du 20 mars dernier, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a promis de verser encore de l'argent dans ce Fonds mais seulement lorsque l'équilibre budgétaire aura été retrouvé. Alléger un tant soit peu la dette pourrait sans doute faire une légère différence dans les finances publiques des années qui suivront, mais est-ce vraiment là une façon responsable de planifier un meilleur héritage à laisser à nos enfants?

Au-delà des chiffres qui apparaissent dans les colonnes de la dette, il y a l'ensemble des choix qui sont faits par la classe politique et générationnelle qui est au pouvoir. Ce qu'on observe dans les faits, c'est plutôt une série de décisions qui visent à liquider au plus vite tout ce qui pourrait être rapidement vendu au plus offrant dans le but d'équilibrer à court terme le budget.

Ce gouvernement, qui a créé en grandes pompes un Fonds des générations, est aussi celui qui fait tout ce qu'il peut pour orchestrer la vente la plus rapide possible de nos réserves de gaz de shiste dans la vallée du Saint-Laurent, et de l'ensemble des réserves minières que recèle le Nord du Québec. Et tout cela au mépris des incontrôlables méfaits causés à l'environnement, au mépris des populations des territoires convoités, tout particulièrement les Premières Nations qui habitent les territoires nordiques depuis des millénaires, et au mépris de l'ensemble des Québécois des générations qui suivent et qui hériteront de terres dévastées, de cours d'eau et de nappes phréatiques pollués, et du simple souvenir d'un territoire autrefois riche.

Serait-il possible que nous envisagions, ne serait-ce qu'un instant, de préserver l'essentiel de ces richesses pour compenser l'énorme dette qui sera léguée aux générations qui suivent?

Notre gouvernement, et toute la société qui le tolère, semble se comporter exactement comme un cultivateur qui aurait décidé de vendre sa terre au spéculateur le plus offrant pour pouvoir s'acheter une Winnebago et aller passer ses hivers dans le sud, plutôt que de la conserver pour la laisser à ses enfants. Cette façon de planifier la jouissance immédiate semble s'inspirer de la philosophie de ce mouvement, apparu chez nos voisins des États-Unis, et réunissant des gens dont le but ultime est de dépenser le dernier dollar qu'ils possèdent avant de mourir. Un mouvement qui a au moins le mérite de s'afficher tel qu'il est, sous le nom de «Sorry kids !».

Dans le contexte actuel, une telle philosophie de la vie prend une allure particulièrement cynique, au moment où le même gouvernement a décidé, sous prétexte de mieux financer l'éducation, d'augmenter de 75% les contributions des étudiants et de leurs parents mais sans toucher aux impôts de tous ceux qui profitent actuellement des avantages de leurs diplômes universitaires.

Peut-être le gouvernement Charest versera-t-il dans le Fonds des générations les 700 millions$ qu'il aura soutirés aux étudiants et à leurs parents s'il réussit à gagner la partie de bras de fer qu'il mène avec eux.

Denis Blondin, Québec

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