Dimanche, ma compagne et moi discutions du combat que mènent les étudiantes, les étudiants, dont nos enfants, pour pouvoir négocier le financement des études universitaires avec le gouvernement du Québec et faire leur «juste part». Nous nous racontions ce que nous avions entendu. Je lui disais que la veille un médecin, président de fondation à vocation jeunesse, me faisait part que lui s'était endetté pour devenir médecin et qu'il ne voyait pas pourquoi les autres n'en feraient pas autant! Elle me faisait part qu'un président de compagnie lui avait dit que les étudiants n'avaient qu'à se passer de cellulaires et qu'ils pourraient se payer l'augmentation des frais de scolarité. Nous avons tous entendu que s'ils ne prenaient pas de bières ils pourraient se payer l'augmentation. Etc, etc. «Sont ben q'trop gâtés, quoi!»
Nous nous sommes demandés si ces gens-là ont des enfants ou s'ils côtoient des étudiants. Que savent-ils vraiment du train de vie des jeunes qui fréquentent les collèges et les universités?
Alors voilà ce que nous vivons. L'ainé de nos fils a 19 ans, il devrait entrer à l'université en septembre. Lors des trois derniers étés, il a travaillé comme animateur dans des camps de jours et comme aide de camp dans un camp d'été. Depuis février 2011, il a la chance de travailler comme interviewer, seize heures par semaine à 10,40$ de l'heure, ce qui est 0,75$ de plus que le salaire minimum. Ses revenus d'emploi en 2011 sont de 7420$. Il espère gagner 8000$ en 2012. Toutes ses copines et ses copains ont des revenus équivalents.
Les frais de scolarité (incluant les frais afférants) pour débuter son baccalauréat sont de 3000,48$ par année au tarif de l'hiver 2012. Si l'augmentation prévue est effectivement mise en vigueur, ces frais seront de 3325,48$, avant toutes autres augmentations. Ni lui, ni nous ne savons pour l'instant combien il faudra qu'il débourse en matériel scolaire. Ce que nous savons cependant c'est que son entrée au CEGEP nous a coûtés 500$, à lui et à nous, en livres et autre matériel scolaire. Donc, nous nous attendons à ce qu'il doive débourser 4000$ pour sa première année d'études universitaires.
Sur un revenu annuel de 8000$, il lui restera 4000$ pour se loger, se nourrir, se déplacer et se vêtir, soit 10,95$ par jour pour vivre. Sa carte de transport lui coûte 93,50$ par mois, soit 3,11$ par jour. Notre fils devra se loger, se nourrir et se vêtir avec 7,84$ par jour... Voulez-vous rire? Où ça le cellulaire? Quand ça la bière? La vraie vie c'est que les étudiantes et les étudiants universitaires sont parmi les individus aux revenus les moins élevés de notre société. Ce sont probablement les individus qui paient le plus cher un service gouvernemental en proportion de leurs revenus! Alors c'est quoi exactement faire «sa juste part»?
Nos fils sont chanceux, ils résident à Longueuil, chez leurs parents qui vont faire tout ce qu'ils peuvent pour qu'ils s'endettent le moins possible, quitte à ajouter à leurs propres dettes. Mais quand tu viens de Mirabel ou de St-Hyacinthe, du Saguenay ou du Bas St-Laurent et que tu dois aller étudier à Montréal, à Québec ou à Sherbrooke comment est-il possible de vivre avec 10,95$ par jour, hein? En t'endettant, si ça t'est possible. Est-ce vraiment ça que nous voulons pour nos enfants?
Pour nous, le gel des frais de scolarité ce n'est pas une revendication d'enfants gâtés, ce devrait être un choix de société! Ainsi dans vingt ans l'université devrait être accessible aux étudiants, pas seulement aux parents!
Patrick Marais, Longueuil