Difficile de rester sans mot avec les événements récents qui ont mené la Sûreté du Québec, avec l'assistance de l'escouade anti-émeute, à faire respecter l'injonction émise par la cour à l'endroit des manifestants innus, femmes et hommes, qui empêchaient, pacifiquement, les camions lourds de se rendre sur les chantiers de la rivière Romaine. Dans les circonstances, une telle démonstration de force est-elle nécessaire?
La demande d'injonction avait été déposée par Hydro-Québec, très certainement sous la direction du gouvernement du Québec. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est tristement ironique d'assister à une situation tout à fait à l'inverse de l'époque des grands chantiers de la Baie James au début des années 70. On se souviendra, pour ceux qui ont la mémoire appropriée, que ce sont plutôt les Cris qui avaient déposé une injonction pour faire arrêter les travaux du «projet du siècle». Le gouvernement de Monsieur Bourassa pensait être en mesure de contourner le titre et les droits ancestraux sur le territoire. Le Québec a par la suite été contraint de s'asseoir et de négocier une entente avec les nations crie et inuit et, quelques années plus tard, avec la nation naskapie.
On aurait cru que les mentalités, et surtout les politiques, auraient quelque peu évolué, que les nombreuses décisions de la Cour suprême du Canada, que la constitution canadienne avec la reconnaissance des droits ancestraux et issus de traité, que les années de contestation par les Cris qui nous ont conduits à la Paix des Braves et que la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones nous auraient permis d'avoir affaire à un gouvernement honorable, disposé à traiter honorablement les questions liées aux droits des Innus sur le territoire. Le seul mot qui peut définir la façon cavalière dont le gouvernement du Québec réussit, encore une fois, à échapper à ses obligations est «lâcheté».
Le Québec se plaît à faire la promotion de la Paix des Braves alors qu'en réalité, le gouvernement du Québec et son premier ministre se mordent les lèvres devant l'obligation de la respecter. C'est précisément ce rapport de force qui n'existe pas pour la nation innue et, d'ailleurs, pour toute nation qui affirme un titre ancestral sur le territoire du Québec.
Il appartient à la nation innue et à ses dirigeants de déterminer ce que doivent être les prochaines étapes devant cet affront répréhensible de la part du gouvernement du Québec et sa société d'État. Au-delà de l'absence d'une solidarité réelle parmi les communautés innues, il y a l'évidente obstination du gouvernement du Québec et de son premier ministre à ne pas proposer une trêve durable avec l'ensemble des nations qui occupe le territoire du Québec. Le Québec et son premier ministre ne l'admettront jamais, mais il n'est nullement dans leurs intentions de signer une ou d'autres Paix des Braves. C'est cette insolence qui doit être dénoncée ici, puisqu'elle est à la source de l'incertitude politique qui pèse et qui continuera de peser sur tout projet de développement, Plan Nord ou autre, envisagé par la province de Québec.
Heureusement, c'est souvent devant l'adversité que les Premières Nations réussissent à se mobiliser et trouvent la cohérence nécessaire pour remettre le fardeau de la preuve là où il doit être : chez les gouvernements. Il ne faut surtout pas laisser le premier ministre se laver les mains de sa responsabilité. Il faudra aussi lui rappeler qu'une place dans les livres d'histoire n'est assurée qu'au mérite.
Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador