Point de vue

Les manoeuvres d'Alcan

Le Soleil

Le conflit qui sévit à Alma mérite qu'on s'y attarde, bien sûr à cause de l'importance que ça représente pour l'économie de cette région, mais aussi parce que certains éléments ne sautent pas au visage, mais ont un impact sur l'ensemble de l'économie Québécoise.

Dans Le Devoir du 9 mars dernier, une citation du professeur en économie régionale à l'UQAC, suggère que la main-d'oeuvre, qui ne représente que 9,3% des coûts de l'usine d'Alma, une des plus profitables au monde pour RTA (Rio Tinto Alcan), n'est sans doute pas l'enjeu du présent conflit. Les économies qu'entend réaliser la multinationale en recourant à la sous-traitance sont, selon lui très marginales.

Les producteurs en Amérique du Nord et en Europe réduisent présentement leur production afin de pousser les prix du métal blanc à la hausse. Si on ajoute le fait qu'Hydro-Québec est dans l'obligation d'acheter l'énergie non consommée par ces installations, quelle meilleure occasion pouvait se présenter à Alcan pour non seulement diminuer ses stocks en récupérant sur les salaires de sa main-d'oeuvre, mais en encaissant des sommes importantes pour la vente d'électricité dont la société d'état n'a même pas besoin? Un chausson avec ça? Sur une base annualisée, c'est une somme d'environ $175 millions que RTA récupèrera uniquement par la vente d'énergie. Toujours selon l'économiste, la multinationale est très confortable avec ce scénario.

Les effets de la diminution de production se font déjà sentir puisque le prix de l'aluminium a augmenté de 300$ la tonne, ce qui représente pour l'ensemble des usines de RTA un bénéfice supplémentaire de $1 milliard. Vous aurez remarqué que dans ce conflit de travail, il s'agit d'un lockout et non d'une grève, ce qui laisse croire que l'employeur avait bien planifié son coup.

Nous avons de quoi nous indigner, d'abord parce que Alcan, le bon citoyen corporatiste qu'il est, joue avec l'économie de la région, comme on joue une grosse partie de pocker, en sacrifiant une main pour encaisser d'avantage en bout de piste. Ensuite parce que comme citoyen du Québec, propriétaire de notre société d'état, nous subventionnons cette arnaque à même nos tarifs d'électricité, car n'en doutons pas, le manque à gagner se traduira par une diminution du revenu net d'Hydro-Québec.

Pendant ce temps à Québec, le ministre Gignac nous dit supporter entièrement la multinationale, la sous-traitance étant un enjeu primordial pour les employeurs, d'où l'expression «dormir au gaz».

Je vous avoue qu'il devient de plus en plus complexe pour le représentant syndical que je suis de composer avec les continuelles demandes d'efficiences qui nous sont adressées à l'intérieur des murs d'Hydro-Québec, alors qu'on impose à la société d'état de tirer l'argent par les fenêtres en faisant l'acquisition d'énergie dont elle n'a pas besoin. Il y a un flagrant manque de cohérence, sans doute le résultat de cette trop grande proximité du gouvernement dans les choix stratégiques d'Hydro-Québec.

Je ne m'attends pas à de gros changements dans la relation parfois incestueuse qui semble s'être développée entre les gouvernements et les multinationales, mais je souhaite que la population de la côte-nord imagine un instant le même scénario dans notre belle région.

Il est important que les travailleurs et travailleuses d'ici trouvent une façon d'encourager leurs collègues de la région voisine, car nul n'est à l'abri de ces manoeuvres auxquelles se livrent les multinationales.

En espérant voir cette solidarité s'étendre à toutes les régions du Québec,

Réjean Porlier, président provincial du syndicat des Technologues d'Hydro-Québec

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