Une première tuile dans le projet du nouveau Colisée? Bien au contraire, la présence de sols contaminés, plutôt que de constituer un handicap trop lourd pour le projet, ne devrait-elle pas être l'occasion de confirmer l'importance que la Ville de Québec accorde aux enjeux environnementaux et dont elle fait brillamment la promotion par le biais de ses écoquartiers en cours de réalisation?
Effectivement, les coûts de décontamination du sol peuvent sembler être un lourd tribut à payer, mais c'est aussi l'occasion de redonner à ce site une valeur qu'il ne pourra acquérir autrement. Le foncier constitue la principale richesse d'une ville, une bonne gestion de celui-ci est donc primordiale.
Contrairement aux promoteurs qui doivent assurer la rentabilité immédiate de leur projet, les municipalités profitent d'une rente à vie calculée non pas sur la valeur du terrain, mais bien à partir de la valeur de ce qui y sera construit. En déplaçant le Colisée vers des sites non contaminés, la Ville fait une très mauvaise gestion de son territoire. En effet, on voit mal comment, dans l'avenir, un autre projet privé pourrait supporter la décontamination de ce site si le Colisée avec son demi-milliard de dollars ne peut y arriver.
Ainsi, la Ville s'apprête à construire le Colisée sur un terrain non contaminé, que des promoteurs privés pourraient facilement développer et augmenter ainsi l'assiette fiscale de la ville, pour laisser en déshérence un terrain dont personne ne voudra pour de nombreuses années à venir, pour ne pas dire jamais. De ce fait, la Ville se trouve à dilapider une partie de son territoire et à se priver d'une rente foncière importante pour les années à venir.
Une grande partie des coûts de décontamination des sols est souvent reliée au transport des sols, comme c'est effectivement le cas ici, avec l'obligation d'acheminer des milliers de mètres cubes de sols contaminés vers le Centre-du-Québec. L'occasion serait peut-être belle de profiter de ce projet pour mettre à profit les nouvelles technologies de décontamination sur place que certaines entreprises québécoises travaillent à développer. Cette avenue, qu'elle soit plus ou moins coûteuse, devrait d'ailleurs être sérieusement étudiée, compte tenu des nombreux impacts environnementaux hors site qu'entrainerait le transport des matières contaminées.
En maintenant l'emplacement du Colisée sur son site initial, la Ville de Québec ferait d'une pierre plusieurs coups: elle revaloriserait un terrain qui ne pourrait l'être autrement, elle conserverait des terrains non contaminés propices à d'autres développements futurs, elle pourrait participer au développement d'une expertise québécoise en matière de décontamination des sols pour finalement renforcer son image de ville durable.
Quant aux coûts réels, ils doivent aussi être relativisés et reportés dans le temps. Quarante millions de dollars, c'est beaucoup d'argent lorsqu'annoncé de cette façon, mais amortis sur 35 ans au taux de 5 %, c'est à peine 2,5 M$ par année qu'il en coûterait véritablement. Si on se rapporte aux études de faisabilité ayant servi à la justification financière du projet, il est prévu que le Colisée générera plus de 250 M$ par année, les coûts de décontamination ne représenteraient donc qu'un infime petit 1 % du chiffre d'affaires annuel. Pour les fans des Nordiques et autres spectateurs qui assisteront aux différents événements, cela représente à peine 50 cents pour l'achat d'un billet de 50 $, pour un hot-dog ou un pop-corn c'est 4 cents et une bière 10 cents. C'est finalement très peu payé pour contribuer à l'amélioration de notre environnement. C'est aussi très peu comparativement aux frais de billetterie, qui en coûtent bien souvent 10 fois plus et pour lesquels on entend très peu de plaintes. À 4 cents du sac de pop-corn, est-il vraiment utile d'en débattre?
Étant donné que les coûts de la décontamination seront facilement transférables aux promoteurs ou aux usagers du Colisée, cette dépense de prime abord jugée excessive, constitue en fait un bon investissement financier, mais aussi et surtout en termes d'image pour la Ville de Québec qui pourrait ainsi renforcer son image de ville durable. Dans un contexte où on tend à la réalisation d'événements carboneutres, il paraît fort à propos de profiter de la construction du nouveau Colisée pour décontaminer ce terrain qui, à défaut de quoi, risque pour de nombreuses années encore de marquer négativement le paysage québécois, élément (le paysage) qui contribue à la fierté des Québécois. Il suffit de penser à l'aménagement de la promenade Samuel-De Champlain sur les rives du fleuve pour s'en convaincre.
Si le rôle des villes est d'investir dans l'avenir, comme Québec le fait avec la construction du Colisée, on ne peut faire l'économie de profiter de cette occasion pour revitaliser un site qui initialement avait été pourtant préféré pour son potentiel de requalification urbaine.
Daniel Gill
Professeur, Institut d'urbanisme, Université de Montréal