Point de vue

Cap sur la réponse et la délivrance nationale

Selon l'auteur, il n'y a pas d'option offerte... (Photothèque Le Soleil)

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Selon l'auteur, il n'y a pas d'option offerte qui impose un choix clair et définitif aux Québécois, qui leur permettrait de se «délivrer de la question nationale».

Photothèque Le Soleil

En réponse à la lettre «Le désarroi des souverainistes est facile à comprendre» de Bernard Landry

Monsieur Landry, je suis heureux que vous ayez abordé enfin «le fond des choses» dans votre lettre dans laquelle vous invitiez le Parti québécois à mettre le cap sur l'indépendance, car disiez-vous, «il est impérieux de mettre l'intérêt national avant toute forme d'intérêt personnel». Je ne doute pas de votre sincérité et puisque nous nous connaissons depuis longtemps, je serai tout aussi franc avec vous. Je vous propose donc aujourd'hui de mettre le cap sur la «réponse nationale» pour qu'enfin les Québécois tranchent cette question une fois pour toute. Ce sera un processus de «délivrance nationale» pour que l'on passe enfin à autre chose et que nous cessions nos luttes fratricides. Je considère en effet que les citoyens du Québec sont fatigués de s'haïr entre eux et rejettent toute option qui les divise entre étiquettes «souverainistes» ou «fédéralistes».

Je fais partie des orphelins politiques québécois, et ils sont de plus en plus nombreux à ne plus se reconnaître dans les discours politiques traditionnels. D'entrée de jeu, je vous informe que je ne partage pas votre opinion lorsque vous faites le lien entre le concept de «gouvernance souverainiste» et ce que vous qualifiez de «tragédie du Bloc québécois» lors de l'élection fédérale du 2 mai dernier. Ce résultat, je l'interprète autrement, il s'agit avant tout d'un rejet des options politiques qui sont offertes aux Québécois depuis plus de 40 ans déjà et qui conduisent à l'impasse politique et économique du Québec. Le 2 mai dernier, les Québécois ont rejeté deux «religions politiques, soit «l'orthodoxie souverainiste» et la «droite morale conservatrice». En attendant, ils ont préféré le stationnement politique en votant NPD, comme ils s'apprêtent à stationner leur vote à la prochaine élection provinciale en votant pour la Coalition avenir Québec (CAQ) qui propose, comme par hasard, de ne pas aborder la question de l'avenir politique du Québec au cours des 10 prochaines années.

Pourquoi un tel comportement? Parce qu'il n'y a pas d'option offerte qui impose un choix clair et définitif aux Québécois, qui leur permettrait de se «délivrer de la question nationale». Faut-il s'étonner qu'après de multiples défaites, de part et d'autre, le camp souverainiste comme le camp fédéraliste n'osent affronter l'électorat de peur de subir une autre défaite? Pensons-y, le camp souverainiste a subi deux échecs par référendum en 1980 et en 1995, tandis que le camp fédéraliste nationaliste québécois a subi quatre défaites. La première fut lors du rapatriement unilatéral de la constitution en 1982 sans l'accord du Parlement du Québec, qui fut dénoncé par M. Claude Ryan, chef du PLQ. La deuxième défaite sera le rejet de l'accord du Lac Meech qui amena la création du Bloc québécois. La troisième défaite, encore plus douloureuse, fut le rejet par référendum de l'accord de Charlottetown et enfin, la quatrième défaite se fera lors de l'adoption du rapport Allaire qui proposait le rapatriement de 23 pouvoirs du fédéral et qui amena non seulement la création de l'ADQ, mais aussi son appui au «oui» pour le référendum de 1995.

Compte tenu de l'impasse politique actuelle, je propose une démarche simple, soit que le  gouvernement du Québec tienne un référendum à deux questions, l'une portant sur la constitution canadienne telle qu'adoptée sans le Québec en 1982, et l'autre portant sur une constitution québécoise, incluant une charte des droits et libertés, une charte de la laïcité et une citoyenneté québécoise. Ces propositions, comme vous le savez sans doute, Monsieur Landry, font partie du programme actuel de «gouvernance souverainiste» adopté lors du dernier Congrès du Parti québécois. Ce référendum à deux questions aurait l'avantage de régler une fois pour toute, et ce, de façon démocratique, l'avenir politique et économique du Québec. Après 40 ans de débats, les Québécois pourront enfin se dire «oui» à l'une ou l'autre des deux options. Ce sera enfin pour certains la réponse nationale et pour d'autres, une délivrance nationale pour les Québécois nationalistes qui sont fatigués de se diviser et de se détester entre eux quant à leur avenir politique. Monsieur Landry, grand patriote, êtes-vous prêt à relever ce défi?

Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique

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