La bonne façon d'exploiter les richesses

La rivière Montmorency borde les terrains du Séminaire... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La rivière Montmorency borde les terrains du Séminaire de Québec.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Le Plan Nord apportera des activités économiques qui bénéficieront aux travailleurs. Mais là s'arrêtent les réels avantages de ce plan. En effet, le gouvernement Charest a choisi un plan de prélèvement des richesses naturelles non renouvelables du Québec dans lequel l'État se met au service d'entreprises privées qui extraient la matière et en disposent selon leurs bons vouloirs. Quant aux redevances, lorsqu'il y en a, elles ne peuvent être jugées suffisantes parce qu'on ne peut les comparer aux profits inconnus des industries. Pour donner aux Québécois ce à quoi ils ont droit dans le contexte de l'exploitation de nos richesses naturelles, l'État doit garder la maitrise des opérations dans leur totalité. À titre d'exemple, voyons la méthode appliquée par le Séminaire de Québec, un organisme possédant un domaine forestier couvrant l'arrière-pays de Charlevoix, entre la rivière Montmorency et la rivière du Gouffre.

Pendant longtemps, le Séminaire de Québec a procuré, presque gratuitement, la formation classique à un nombre important de Québécois de toutes provenances et conditions sociales. Non seulement les coûts de la pension et de la scolarité étaient très bas, mais presque tous les étudiants pouvaient obtenir une bourse et cela, pendant toute la durée des huit ans du cours classique. On comprend que les jeunes Québécois pouvaient profiter de ces avantages parce que les exploitations forestières en donnaient la possibilité. C'était le voeu de François de Montmorency-Laval qui se réalisait. La question qu'il faut alors poser est: comment fonctionnait le Plan Nord de cet organisme privé?

La réponse réside dans le fait que la maitrise des opérations était assumée par le Séminaire, lui-même propriétaire des richesses. À cette fin, une équipe d'ingénieurs forestiers, de comptables et de techniciens prenait en charge la négociation des contrats de construction des chemins, des coupes de bois et de leur transport, incluant la drave. D'autre part, la même équipe négociait le montant de la vente du bois à la papetière qui l'achetait. C'est le procureur du Séminaire (l'abbé Arthur Jobidon pendant plusieurs années) qui signait ces contrats. On voit ainsi que le Plan Nord de cet organisme lui permettait d'empocher les profits résultant de ses transactions avec les entrepreneurs et les acheteurs de ses produits afin de s'en servir pour sa mission éducative. Ceux qui étaient impliqués dans ce système profitaient de ces activités économiques dans la mesure où ils s'y intégraient comme travailleurs ou intervenants réels et non pas comme lobbyistes ou intermédiaires à la solde de compagnies.

Ce ne sont donc pas les redevances qui ont permis à beaucoup de jeunes Québécois de jouir de conditions d'éducation exceptionnelles. D'ailleurs, ce ne sont pas les redevances qui permettent à des pays comme la Norvège et l'Iran de récolter pleinement les bénéfices de l'industrie pétrolière. Ils y arrivent en conservant la maitrise des affaires. Rappelons aussi que le Séminaire de Québec louait et loue encore un certain nombre de lacs pour la pêche et la chasse. Les baux comportent l'obligation, pour les locataires, de construire les camps ou de les acheter ainsi que d'entretenir ou de construire parfois certains secteurs de chemin. L'établissement ne le fait pas pour eux. C'est la bonne façon d'exploiter ses richesses.

Jean-Marie Desgagné

Promotion 1953 du Séminaire de Québec

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