Depuis plusieurs années, le Conseil du Trésor du gouvernement du Québec multiplie les efforts pour attirer et garder les jeunes dans la fonction publique québécoise, stigmatisée par des préjugés tenaces tels que des employés paresseux, en congé perpétuel, bénéficiant d'avantages sociaux qui ne sont pas toujours à la mesure de leurs compétences; des travailleurs inefficaces, protégés par la sécurité d'emploi, etc.
Malgré cela, je fais partie de ces personnes qui croient au rôle primordial qu'occupent les fonctionnaires dans le développement de notre société québécoise. Cela dit, passer le processus de recrutement qui prévaut dans la fonction publique (publication d'un appel de candidature pour un concours de recrutement, inscription au concours, répondre aux critères précis pour être admis au concours, réussir l'examen, création d'une liste de candidats potentiels, convocation à une entrevue d'embauche, etc.) relève de l'exploit.
Je possède deux baccalauréats dont un en enseignement au secondaire de l'univers social ainsi qu'un second spécialisé en histoire. Aujourd'hui âgé de 28 ans, diplômé depuis 2007, je me suis vite rendu compte qu'obtenir un contrat d'enseignement (dont le pourcentage de tâche permettrait de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté) dans quelque école secondaire que ce soit est un véritable chemin de croix. Qu'à cela ne tienne, en novembre dernier, le Conseil du Trésor publie un appel de candidatures de spécialistes en sciences de l'éducation à la grandeur de la province pour combler des postes au ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). Collègues enseignants qui croulez sous les dettes d'études et qui devez obligatoirement vivre de prestations d'assurance-emploi pour subvenir à vos besoins primaires, quelle alternative intéressante à l'enseignement! Une réelle chance d'obtenir un emploi au sein de la fonction publique, et dans notre domaine, qui plus est!
Mais voilà qu'après avoir envoyé ma candidature au concours, je reçois une lettre dans laquelle on prétend que je ne réponds pas aux critères (sans préciser lesquels) pour être admis à la séance d'examen. Mes nombreuses tentatives de communication aux responsables du concours au MELS sont également restées sans réponse. Combien de centaines d'enseignants au chômage sommes-nous à travers le Québec à avoir reçu la même lettre de refus? Quatre années d'études universitaires jumelées à des stages en milieu scolaire et cinq années d'expérience ne suffisent-elles pas? L'examen n'est-il pas justement conçu pour mesurer nos compétences avant d'obtenir un poste? Que gagne la société à laisser plusieurs centaines d'enseignants sans emploi, dynamiques et aptes au travail, percevoir des prestations d'assurance-emploi, alors que la fonction publique a besoin de leur expertise?
Je demande à la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, madame Line Beauchamp, ainsi qu'à la présidente du Conseil du Trésor, madame Michelle Courchesne, dont l'attachée de presse avait affirmé à Radio-Canada en septembre dernier que le dossier du recrutement dans la fonction publique était à l'étude (rien n'a bougé depuis...), d'admettre les personnes qui ont soumis leur candidature à ce concours, quelque soit leur nombre d'années d'expérience. Ce sera alors à eux de prouver, en faisant l'examen, s'ils sont aptes à occuper un poste dans la fonction publique.
Daniel Beaurivage
Québec