Point de vue

Élu : métier ou fonction?

En étant élu, on n'exerce pas un métier,... (Photothèque Le Soleil)

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En étant élu, on n'exerce pas un métier, il devrait donc y avoir une limite à la durée de la représentation politique, soutient l'auteur.

Photothèque Le Soleil

Il faut saisir toutes les occasions de renforcer les procédures qui peuvent assurer un meilleur fonctionnement de la démocratie. Une réflexion émise il y a quelques jours par le chanteur sénégalais Youssou Ndour, alors qu'il annonçait sa candidature à l'élection présidentielle de son pays, et qui mérite un attention particulière.

En se portant candidat pour remplacer Abdoulaye Wade, le président du Sénégal depuis plus d'une décennie, Youssou Ndour a rappelé que, lors d'une élection, les citoyens accordent un mandat à l'un des leurs pour agir au nom de la collectivité. Il s'agit donc d'une fonction. En étant élu, on n'exerce donc pas un métier. Signifiant par la même occasion qu'il devrait y avoir une limite à la durée de la représentation politique.

Or, il n'est pas rare d'entendre parler du «métier de politicien» ou de lire des commentaires à ce propos dans nos médias. Cette façon de comprendre et d'accepter que les fonctions occupées par des personnes à la suite d'élections puissent équivaloir à un métier est passée dans nos moeurs. Au Québec, il serait possible d'aligner plusieurs dizaines de noms de personnes qui ont fait ou font «carrière» en politique. Certains se sont maintenus durant des années en fonction en changeant tout simplement d'allégeance partisane par opportunisme. D'autres ont circulé entre différentes instances (fédérale, provinciale ou municipale).

L'argument généralement évoqué pour justifier la «carrière politique», c'est la réélection approuvée par une majorité de citoyens. On s'insurge volontiers contre les politiques qui se maintiennent en fonction durant des décennies ailleurs dans le monde, mais on ne questionne pas la présence tout aussi longue de maires ou de députés chez nous. Étrange, tout de même!

N'est-il pas temps de revoir de telles pratiques? Comme celles et ceux qui s'inscrivent dans la filière politique visent très souvent à se maintenir dans ces fonctions le plus longtemps possible, il ne faut pas compter sur ces élus pour rompre l'ambiguïté du rapport fonction/métier. Dès lors, seule la modification des termes de la représentation élective permettrait de baliser le parcours des élus.

Ainsi, pourquoi ne pas limiter à deux le nombre de fois, toutes fonctions confondues, où une personne se présentant à un poste de député (y compris comme premier ministre) ou de conseiller municipal (y compris comme maire) puisse être réélue? Dans un système d'élection dans lequel les mandats seraient renouvelables à tous les quatre ans, tout citoyen élu ne pourrait conséquemment espérer demeurer dans des fonctions électives politiques au-delà de huit ans.

Étant donné que de telles pratiques (limitation de la durée et du nombre des mandats) sont déjà mises en application dans plusieurs instances administratives du secteur public ou d'organismes qui en dépendent à des degrés divers, on ne peut que s'étonner qu'elles ne soient pas retenues pour les fonctions politiques électives. Le temps n'est-il pas venu de sortir de ce mélange des genres qui fait qu'on confond fonction et métier pour les politiques?

Serge Genest

Québec

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