Point de vue

La confusion des langues

Pour le monde des affaires, il serait plus... (Archives, LeDroit)

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Pour le monde des affaires, il serait plus avantageux d'apprendre le mandarin, l'espagnol ou le portuguais, plutôt que de se limiter à l'anglais, soutient l'auteur.

Archives, LeDroit

Le maintien anémique du français comme langue prioritaire de communication dans plusieurs grandes entreprises fait à nouveau la une des médias. Ce n'est évidemment pas la première fois que ce débat refait surface chez nous. Ce qui étonne cependant, c'est que des commentateurs reprennent les mêmes arguments éculés sur la nécessaire ouverture sur le monde, sur les contraintes liées à la mondialisation des affaires pour soutenir la bilinguisation institutionnelle au Québec. Certains ne se privent d'ailleurs pas pour laisser entendre que ceux qui voient du laxisme dans ces façons de faire manquent d'ouverture d'esprit et souffrent de repli sur eux. Ces ardents défenseurs du modèle TINA (there is no alternative) nagent pourtant en pleine confusion des langues!

Par un curieux paradoxe, ce sont ces tenants d'une apparente ouverture sur le monde qui manifestent en fait de l'étroitesse d'esprit et du nombrilisme. Ils mélangent les compétences linguistiques individuelles avec les mécanismes sociaux et institutionnels (une langue, des lois, des institutions, des rites) qui servent à une collectivité à définir et à maintenir sa spécificité, sa différence.

Il faudra que ces défenseurs du tout-à-l'anglais dans les institutions québécoises soient informés qu'il leur serait plus avantageux d'apprendre le mandarin, l'espagnol ou le portuguais s'ils entendent s'ouvrir sur le monde des affaires, plutôt que de se limiter à l'anglais. De plus, devenir polyglotte permet en règle générale de mieux s'identifier à sa communauté d'appartenance. L'exemple de la Hollande est souvent utilisé pour faire la démonstration qu'une forte proportion de citoyens polyglottes considère comme allant de soi que les communications institutionnelles se fassent en néerlandais, aussi bien pour les «de souche» que pour les immigrants.

Le problème des tenants de la bilinguisation des institutions québécoises tient donc à la fois de leur manque de vision de la dynamique de la mondialisation et de compétences linguistiques limitées.

Serge Genest

Québec

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