Point de vue

Des outils pour contrer l'intimidation

L'auteure est d'avis qu'il faut penser à des... (Photothèque Le Soleil)

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L'auteure est d'avis qu'il faut penser à des solutions pour les victimes, mais aussi à des mesures pour les auteurs des gestes d'intimidation, car il serait néfaste de tout simplement les mettre à l'écart.

Photothèque Le Soleil

En 2003, la Société de criminologie du Québec, en collaboration avec l'école Poly-Jeunesse de Laval, produisait une trousse de sensibilisation intitulée Brise le silence pour vaincre l'intimidation. Huit ans plus tard, nous recevons encore chaque mois des téléphones de gens intéressés à présenter cet outil de prévention dans leur milieu. Le succès de cette initiative, année après année, nous rappelle tristement que l'intimidation est un problème qui existait hier et qui existera encore demain.

«Quand j'étais en 6ième année, je me faisais écoeurer par une gang de filles. Je pleurais. Une surveillante m'a aidée. J'ai réagi, j'ai dit aux filles : Allez-vous en! Je n'ai pas peur de vous ! Elles ont su que j'avais parlé à la surveillante. Elles m'ont trouvé plate. Mais elles ont eu peur et ont arrêté de m'intimider.» - Témoignage

Après tous les témoignages entendus et tout le travail accompli lors de la mise sur pied de nos projets de prévention du taxage et de l'intimidation en milieu scolaire, la Société de criminologie du Québec propose quelques réflexions sur ce phénomène de société; car nous avons tous un rôle à jouer afin d'atteindre une paix sociale.

Plusieurs angles doivent être considérés lorsqu'on décide de s'attaquer à ce phénomène de violence et nous nous permettons humblement d'en énumérer quelques uns qui ont retenu notre attention :

- Un plan d'action

D'abord, nous croyons qu'il est primordial que les écoles aient un plan d'action pour intervenir en cas d'intimidation. Lorsqu'un jeune a le courage de dénoncer l'intimidation, il est impératif que les adultes sachent quoi faire et cela dans un délai très rapide. Sinon, nous envoyons, en tant que société, le signal que nous laissons pour compte les victimes tout en laissant le champ libre aux agresseurs.

Doit s'ajouter à cela l'appui des instances gouvernementales par un engagement un ou une charte à soutenir les plans de lutte à l'intimidation. Aucune école ou communauté ne peut mettre un plan d'action en oeuvre sans ressource ni spécialiste à l'aise d'intervenir adéquatement. Ces plans doivent être pensés sur du long terme et des campagnes de sensibilisation élaborées à chaque année. Prenons exemple sur les campagnes de sécurité routière reprises annuellement, il devrait en être de même pour l'intimidation.

- Un message à répéter

Parler une seule fois de l'intimidation avec les jeunes suffit parfois à se donner bonne conscience, mais ce n'est pas assez pour obtenir l'impact désiré. Il est préférable d'en discuter fréquemment, de ne pas banaliser les événements rapportés et d'utiliser plusieurs outils de prévention qui viendront s'imbriquer dans un plan d'action. Il n'existe qu'un seul plan d'action dans un milieu donné mais maints outils peuvent être utilisés afin de diversifier les discussions. N'hésitez pas à vous en procurer et les modeler selon les groupes que vous rencontrerez.

- Dénoncer est un premier grand pas à franchir

On dit toujours aux jeunes qu'il est important de dénoncer et ces derniers comprennent très bien l'importance de ce geste mais ce n'est pas toujours facile à faire, loin de là. C'est entre autres pour cette raison que nous croyons qu'il s'avère crucial de développer et de mettre en place des moyens de dénoncer les actes d'intimidation tout en conservant un minimum d'anonymat tant pour les victimes que les témoins.

«Brise-le, dis-le à n'importe qui, que ça soit ton père, ton frère, ton ami

Pète-le, dis-le à n'importe qui, que ça soit la police, miss, ou la psy

Il faut qu' tu sortes de l'engrenage mon fils

Oublie les menaces,  il faut que tu nages mon fils

Baisses pas les épaules, il faut que tu oses ma fille

Dis-le à tes amies, soit pas soumise!    

C'est plus que des rimes, c'est mon âme qui crie    

C'est plus que du rythme, c'est pour toi que j'écris »

(Source : paroles de la Chanson Brise le silence de Dave Nicolas)

- Dénoncer ce n'est pas stooler

Il est important de faire comprendre aux jeunes que dénoncer est l'une des clés qui permettra à d'autres jeunes de s'en sortir. Dénoncer, c'est dire NON à la violence, NON à une situation vécue ou vue qui est inacceptable.

- Les témoins sont nombreux

Il ne faut jamais oublier le très grand pouvoir d'influence que peut renfermer la communauté scolaire. Voici une situation dont on ne peut retirer aucune fierté :

«Des fois, y en a d'autres qui arrivent pis qui disent : frappe-le, frappe-le ! Eux, ils embarquent juste pour le fun. Pis, c'est l'escalade.»

(Source : témoignage recueilli lors du projet Brise le silence)

Au contraire, un message clair transmis par des élèves qui partagent une réaction négative envers un autre élève, lorsque celui-ci intimide, l'invitera par le fait même à ne plus répéter son manège. L'agresseur se rendra alors très vite compte qu'il n'a rien à gagner en se mettant à dos des personnes qu'il côtoie quotidiennement. Sans public et seul, l'intimidateur y voit rarement un grand intérêt.

Les directions d'école ainsi que les consignes transmises doivent faciliter cette prise de conscience commune des élèves et leur mobilisation active contre ces comportements de violence.

- La recherche d'autres solutions : impliquer les jeunes et ne pas oublier les parents

Enfin, nous croyons que la recherche de solutions doit se faire en collaboration intime avec les personnes qui sont aux prises avec le phénomène de l'intimidation, c'est-à-dire les jeunes, le personnel école et tous les professionnels qui oeuvrent auprès de la jeunesse tels le travailleur social, l'infirmière, le policier, etc., sans oublier les parents et les comités parents. Ces solutions doivent être réalistes et applicables : il faut penser à des solutions pour les victimes, mais aussi à des mesures pour les auteurs des gestes d'intimidation car il serait néfaste de tout simplement les mettre à l'écart. Chaque situation doit être au mieux réglée et faire l'objet d'un suivi.

Caroline Savard

Directrice générale de la Société de criminologie du Québec

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