Point de vue

Projet de loi 33: Le placement syndical, source de discrimination

Si tout se déroule comme prévu, le travail... (Photo: Sylvain Mayer)

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Si tout se déroule comme prévu, le travail devrait reprendre aujourd'hui sur les chantiers de construction du Québec.

Photo: Sylvain Mayer

Au premier coup d'oeil, il peut paraître étonnant que la CSN-Construction, une organisation syndicale combative et complètement indépendante de tout intérêt économique et financier, qui a été de toutes les luttes syndicales dans l'industrie depuis 1924, soit d'accord pour que l'on concentre dorénavant la référence de la main-d'oeuvre entre les mains de la Commission de la construction du Québec. Pourtant, notre position à l'égard du placement syndical est solidement ancrée dans notre histoire et les valeurs qui guident notre action.

Nous considérons que la raison d'être d'un syndicat est de défendre la justice et l'équité envers les travailleuses et les travailleurs, et d'améliorer leurs conditions de travail. Ainsi, répondre aux besoins en main-d'oeuvre des entrepreneurs ne saurait être considéré comme le coeur de la mission d'un syndicat militant. Nous le croyons d'autant plus que la pratique qui pousse les syndicats à devenir des agences de placement, devenant en quelque sorte des marchands de personnel, amène son lot de distorsions graves du point de vue du respect des droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs, qui doivent avoir accès au travail, dans leurs régions, en tout temps, sans aucune forme de discrimination. Ainsi, tisser de tels liens entre patron et syndicat peut entraîner des conflits d'intérêts et une promiscuité qui dénaturent les relations de travail. Un syndicat se refuserait-il de faire respecter les conditions de travail de ses membres afin de se ménager des occasions d'en placer d'autres auprès d'un même employeur, accroissant d'autant les possibilités de travail clandestin? N'augmente-t-on pas les risques de corruption pour faire embaucher ses membres au détriment de ceux d'autres organisations syndicales?

Notre vrai défi syndical est de nous assurer, collectivement, que l'embauche, dorénavant centralisée auprès de la CCQ, sera exempte de toute discrimination basée sur l'allégeance syndicale, le sexe, la race, etc. Cela nous force à élaborer dès maintenant les critères que devront respecter les employeurs lors de l'embauche de nouveaux salariés. Nos conventions collectives ne sont pas suffisantes à cet égard. C'est un problème véritable, que nous avons pelleté en avant depuis trop longtemps parce qu'on a préféré dicter des choix en soutenant un système de placement syndical, où l'arbitraire demeure roi. Nous sommes conscients qu'une telle réforme comporte des changements qui nécessiteront une période plus ou moins longue d'adaptation. Il y a, pour certains, une culture profonde à transformer.

Comme syndicalistes, nous devons faire preuve du courage nécessaire afin de remettre cette pratique en question et de progresser vers des règles claires, objectives au bénéfice des 155 000 travailleuses et travailleurs de cette industrie vitale pour le Québec. À la CSN-Construction, nous souhaitons ardemment que nos partenaires syndicaux acceptent de travailler de concert en ce sens dans l'intérêt de toutes et tous.

Des bémols

Si, dans son ensemble, le projet de loi 33 abolissant le placement syndical nous semble intéressant, il demeure qu'il doit être amélioré. Nous nous sommes concentrés ici sur l'aspect du placement syndical, puisque c'est le changement proposé le plus médiatisé, mais nous avons certaines réserves à l'égard d'autres aspects du projet de loi.

Il est impératif de redorer le blason de notre industrie et, surtout, de tourner les projecteurs vers celles et ceux qui profitent depuis trop longtemps des trous dans nos lois pour s'enrichir sur le dos des travailleurs, des consommateurs et des contribuables. Ce n'est pas l'adoption du projet de loi 33 qui permettra de régler tous les problèmes de l'industrie. Pour y arriver, il faudra aussi resserrer les règles de la Régie du bâtiment du Québec. Par son laxisme à émettre des licences d'entrepreneur à n'importe qui ou presque, permettant à des aventuriers de s'improviser entrepreneurs, la Régie ouvre toute grande la porte à une exploitation éhontée des travailleurs et à une économie clandestine qui prive le Québec de milliards de dollars en impôts. Nos services publics et nos programmes sociaux en auraient pourtant bien besoin, n'est-ce pas? La CSN-Construction sera aussi de ce combat.

Aldo Miguel Paolinelli, président de la CSN-Construction

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