Évaluation environnementale stratégique sur les gaz de schiste

Pas trop tard pour redresser la barre!

Selon les auteurs, si le gouvernement libéral continue... (Geneviève Gélinas, collaboration spéciale)

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Selon les auteurs, si le gouvernement libéral continue malgré tout à autoriser de nouvelles fracturations, ce ne sera qu'une preuve de plus qu'il préfère servir les intérêts commerciaux des gazières plutôt que l'intérêt public.

Geneviève Gélinas, collaboration spéciale

Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand, a rendu publics la semaine dernière la liste des membres et le mandat du comité qui sera chargé de réaliser l'évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur les gaz de schiste. Le déséquilibre dans la composition du comité et l'absence de consultation dans le processus de l'ÉES commandent un changement de cap de la part du gouvernement libéral.

En effet, sur les onze personnes choisies, aucune ne représente un groupe environnemental ou un groupe citoyen alors que l'industrie gazière compte deux représentants inscrits comme lobbyistes pour Junex et Talisman Energy. Même parmi les universitaires, les liens avec l'industrie apparaissent préoccupants.

Dans les conditions actuelles, c'est l'industrie gazière qui mènera le bal de l'ÉES. Nous souhaitons que les membres de ce comité soient plutôt choisis en fonction de leur indépendance d'esprit. Pour nous, la capacité d'analyser et de critiquer tous les aspects de ce délicat dossier devrait primer, que ceux-ci soient scientifiques, sociaux, environnementaux, politiques ou techniques.

La réalité est tout autre: les gazières seront juges et parties d'un comité chargé d'examiner leurs propres pratiques! Cela défie vraiment toute logique puisque les gazières auront un accès privilégié pour influencer les travaux et les décisions du comité tant sur le plan de l'autorisation des fracturations que sur le contenu et le suivi des études. Leurs représentants pourront-ils vraiment questionner «la pertinence socioéconomique de l'exploitation de la ressource gazière» alors que c'est l'un des aspects fondamentaux du mandat confié à ce comité? Nous en doutons fortement...

Après le rapport dévastateur du commissaire au développement durable sur les gaz de schiste, qui conclut que le gouvernement libéral avait failli dans la gestion de ce dossier, la population s'attendait à la mise en place d'un processus impartial et transparent de la part du gouvernement libéral. Le ministre Arcand a une fois de plus échoué et nous voilà maintenant devant un simulacre d'ÉES qui est viciée à sa base même.

Le Parti québécois avait proposé, il y a déjà plusieurs mois, que l'ÉES soit dirigée par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) qui, par son indépendance et son expertise, permettrait de réellement rassurer les Québécoises et les Québécois sur l'impartialité du processus d'évaluation qui débutera dans les prochaines semaines. Rappelons que le BAPE a déjà mené des évaluations semblables dans le passé, notamment lors des audiences génériques sur l'eau et l'industrie porcine.

Bien que nous croyons toujours que ce serait la meilleure solution, le minimum serait que des groupes environnementaux et des comités de citoyens impliqués dans le dossier puissent être membres du comité. Les gazières et les entreprises privées sont surreprésentées actuellement. Toutefois, le BAPE devrait recevoir le mandat d'examen public du rapport avant que le MDDEP n'en analyse les propositions et que le gouvernement ne prenne des décisions.

Cessons la fracturation hydraulique

D'autre part, nous questionnons fortement la pertinence de procéder à d'autres fracturations hydrauliques durant l'ÉES. Alors que la France vient d'interdire ce procédé, certains événements récents nous rappellent que la fracturation hydraulique n'est pas sans risque: fuite de deux puits en Montérégie; explosion majeure d'un puits en Pennsylvanie avec des impacts importants pour l'eau; l'étude de l'université Duke en Caroline du Nord qui confirme la présence de méthane dans les nappes d'eau souterraines pour les maisons proches d'un puits de gaz de schiste.

Afin d'éviter tout risque, le Parti Québécois demande qu'il n'y ait plus de fracturation hydraulique de nouveaux puits pendant toute la durée de l'ÉES. Selon nous, l'information recueillie ici avec les 18 puits déjà fracturés est tout à fait suffisante pour combler nos besoins scientifiques à ce sujet. Si le gouvernement libéral continue malgré tout à autoriser de nouvelles fracturations, ce ne sera qu'une preuve de plus qu'il préfère servir les intérêts commerciaux des gazières plutôt que l'intérêt public.

Il nous apparaît donc que trois modifications au processus actuel s'avèrent nécessaires. D'abord, changer la composition du comité pour que les gazières ne mènent plus le bal. Ensuite, à défaut de confier l'ÉES au BAPE, il faut au moins lui donner un mandat de consultation sur le rapport. Finalement, cesser la fracturation hydraulique car les puits forés jusqu'à maintenant sont déjà suffisamment problématiques. Ce changement de cap est essentiel pour établir un minimum de confiance de la population. Il n'est pas trop tard pour redresser la barre!

Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie

Scott McKay, député de L'Assomption et porte-parole de l'opposition officielle en matière de mines

Martine Ouellet, députée de Vachon et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'environnement, de développement durable, de parcs et d'eau

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