Point de vue

La baisse du coût unitaire du projet de la Romaine

Le chantier de la Romaine.... (Hydro-Québec)

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Le chantier de la Romaine.

Hydro-Québec

Suite à la diffusion du film Chercher le courant, Hydro-Québec a émis deux communiqués les 1er et 8 février derniers pour annoncer la baisse du coût unitaire du projet de la Romaine qui est maintenant de 6,4¢/kWh alors qu'il avait été évalué à 9,2¢/kWh dans son Étude d'impact sur l'environnement en décembre 2007. Aucun changement n'a été apporté aux investissements et à l'énergie attendus. Ce sont donc les modifications des éléments de coûts pris en considération par Hydro-Québec dans le calcul du coût unitaire qui en causent la baisse.

Mes objectifs sont de présenter ces modifications et d'évaluer si elles sont fondées sur le plan économique, ou si au contraire Hydro-Québec néglige des coûts réels. Hydro-Québec est en train d'investir 6 644 millions$ dans des barrages et centrales et 996 millions$ en coûts additionnels de transport pour développer une capacité de 1 550 MW qui livrera une production annuelle attendue de 8,0 TWh. Les revenus futurs seront-ils suffisants pour rentabiliser les investissements en cours? Les coûts et les revenus doivent être placés sur une même base et le coût unitaire permet d'établir le lien avec le niveau de prix attendu; encore faut-il que les éléments appropriés de coûts soient pris en considération.

À partir de l'information publique, j'ai calculé le coût unitaire de la Romaine pour faire ressortir le rôle joué par chaque modification. Selon mon évaluation, le coût unitaire passe de 9,93 à 6,34¢/kWh alors que selon Hydro-Québec, il diminue de 9,2 à 6,4¢/kWh. Cette différence n'est pas suffisamment importante pour invalider l'analyse qui suit.

La seule baisse réelle du coût provient de la diminution du taux d'intérêt sur les emprunts à long terme qui est passé de 5,85% en décembre 2007 à 5,0%. Cette diminution réduit le coût unitaire de 0,57¢/kWh, soit 16,0% à la baisse annoncée par Hydro-Québec.

Le retrait de la redevance hydraulique de 0,35¢/kWh et des frais de garantie de 0,5% accordés par le gouvernement aux obligations émises par Hydro-Québec est justifiée dans une analyse de rentabilité sociale puisqu'il s'agit d'un transfert de la société d'État au gouvernement. Ce double retrait représente 19,4% de la diminution du coût dans le nouveau calcul.

Hydro-Québec suppose que les investissements dans ce projet sont financés entièrement par des obligations et ainsi elle remplace l'avoir propre dont le taux de rendement est élevé (12,0%) par des obligations dont le taux de rendement est beaucoup plus faible (5,0%). Ceci diminue le coût unitaire de 1,65¢/kWh, soit 46,0% de la baisse totale.

C'est là le changement majeur : mais est-il justifié? Le rendement plus élevé sur les actions par rapport aux obligations représente un coût réel : c'est la prime de risque exigée par l'actionnaire qui dans ce cas-ci est le gouvernement, donc les Québécois. Ce projet comporte des risques matériels; des contre-performances peuvent survenir comme celles des complexes de Manic 5 et de Sainte-Marguerite. Il y a surtout les risques du marché : le prix de l'électricité à l'exportation pourrait ne pas croître selon les attentes d'Hydro-Québec. Par exemple, elle prévoit que ce prix augmentera de 1% en terme réel de 2012 à 2020 alors que le département américain de l'Énergie avance plutôt une baisse et ensuite une stabilité jusqu'en 2035. S'il s'agissait d'un projet indépendant, la Romaine ne pourrait pas être financée entièrement par des obligations sans causer une hausse appréciable du taux d'intérêt pour refléter justement le risque.

De plus, il n'est pas approprié de la part d'Hydro-Québec de comparer le coût unitaire de la Romaine sans prime de risque pour l'actionnaire avec les coûts unitaires des autres filières, comme l'éolien, qui incluent les primes de risque demandées par les actionnaires.

Hydro-Québec allonge de 50 à 100 ans la vie utile des complexes hydroélectriques en argumentant que des barrages atteignent déjà cette vie honorable de 100 ans. Cependant cet allongement implique des coûts additionnels de renouvellement des équipements et des risques associés à une autre fenêtre de 50 ans ouverte sur l'avenir. Hydro-Québec néglige ces coûts additionnels.

En résumé, 35% de la baisse du coût unitaire de la Romaine est justifiée dans une analyse de rentabilité sociale; par contre 65% ne l'est pas. Même au coût unitaire de 8,6¢/kWh, ce projet est bien loin du seuil de rentabilité si nous considérons le contrat signé récemment avec le Vermont à 5,8¢/kWh. Le gouvernement vient de lancer le Plan Nord qui inclut aussi des développements hydroélectriques. La diminution inappropriée de l'évaluation du coût unitaire de la Romaine nous invite à la vigilance quant à la rentabilité de ces projets qui coûteront encore plus cher que la Romaine.

Jean-Thomas Bernard

GREEN, Département d'économique, Université Laval

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