Point de vue

Le Québec, province de grands «preneurs» mais de petits «faiseurs»

Plus de Québécois travaillent pour le gouvernement que... (Photothèque Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Plus de Québécois travaillent pour le gouvernement que dans toutes les industries suivantes combinées: la construction, l'agriculture, la pêche, la forêt, l'industrie manufacturière, les mines et les utilités publiques, passant d'un statut de «faiseurs» à un statut de «preneurs», soutient le professeur Migué.

Photothèque Le Soleil, Laetitia Deconinck

Le financement du Pont Champlain fait l'objet de débats enflammés dans la campagne électorale actuelle, mais la question la plus fondamentale que confronte le Québec n'est même pas mentionnée. Pourtant l'écart grandissant entre le Québec et l'Ontario en matière de croissance économique globale, de population, d'investissement et d'emploi, le recul relatif du Québec est incontestable depuis un demi-siècle. De 1981 à 2004, la croissance annuelle du PIB québécois s'établissait à 2,4% contre 3,0% (70,9% vs 96,3%) dans le reste du Canada. De 1971 à 2004, la population en âge de travailler augmentait de 33,9% au Québec, de 70,9% ailleurs au Canada. De 1981 à 2004, l'emploi grimpait de 43,9% dans le reste du pays, de 32,8% au Québec. Le Québec est la province qui connaissait la plus grande perte de population de 1951 à 2005 (de 28,9% du total à 23,5% du total canadien). On n'en est pas à la désertification de la province, mais le tableau est sombre.

Veut-on savoir pourquoi le Québec recule dans l'ensemble du Canada depuis un demi siècle? On n'a qu'à constater la pénible statistique suivante: il se trouve aujourd'hui plus de Québécois qui travaillent pour le gouvernement que dans toutes les industries suivantes combinées: la construction, l'agriculture, la pêche, la forêt, l'industrie manufacturière, les mines et les utilités publiques. Nous avons décidément évolué d'un statut de «faiseurs» à un statut de «preneurs». Soulignons en passant que le Québec est devenu le leader canadien (et nord-américain) des «preneurs». Le Québec, capitale financière du Canada jusqu'en 1960, compte aujourd'hui moins d'employés dans ce secteur que dans les emplois publics.

Ne comptons surtout pas sur le renversement de cette triste évolution. Le nombre de diplômés de nos collèges et universités qui aspirent à des emplois publics ne cessent de s'accroitre. Dans un sondage réalisé auprès de 10 000 étudiants dans l'ensemble du Canada, la firme Universum découvre que ceux-ci accordent la médaille d'or aux emplois fédéraux et la médaille d'argent aux emplois provinciaux. L'or irait aux emplois provinciaux si les données québécoises étaient produites.  Dans leur logique, ces diplômés n'ont pas tort: l'État est le principal employeur de leurs services et ses emplois offrent la sécurité à vie, des pensions et bénéfices enviables.

Et pourtant, malgré cette évolution déprimante, l'exode de la population a entraîné l'égalisation du revenu par tête entre l'Ontario et le Québec. Dans une économie intégrée comme l'est le Canada, les revenus par habitant convergent. Les ajustements interrégionaux se sont faits par la mobilité (l'exode dans le cas du Québec) de la population, plutôt que par les prix ou les revenus par tête. Ce qui fait que le bas coût du logement à Montréal (de 15% inférieur) relativement à Toronto compense presque parfaitement le PIB par tête inférieur. Les Montréalais gagnent moins que les Torontois, mais ça leur coûte moins cher de se loger et dans les mêmes proportions. C'est malgré la piètre évolution du Québec en matière de croissance, et donc malgré la Révolution tranquille, que le revenu par tête des Québécois s'est aligné sur celui du Canada, non pas en conséquence de ce mouvement étatiste.

Autre corollaire de cette analyse: puisque les revenus réels par habitant convergent partout au Canada, la péréquation n'a pas de fondement. Les gens des provinces retardataires comme le Québec n'ont rien gagné à cette politique. Ils ont perdu en prix accru du sol imputable au ralentissement de l'émigration ce qu'ils ont gagné en subventions. La péréquation constitue une pure perte.

On comprendra que ces sombres données ne suscitent pas l'attention du Bloc Québécois, en partie responsable, avec sa contrepartie péquiste, de ce piètre état de choses. Le silence des autres partis, du Parti conservateur en particulier, reste plus mystérieux.

Jean-Luc Migué, professeur émérite, ÉNAP

Senior Fellow, Fraser Institute

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