Point de vue

Un 400e pour un grand missionnaire: Chaumonot

Le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot... (Illustration Paul Roux)

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Le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot

Illustration Paul Roux

Je désire rappeler la figure d'un remarquable missionnaire, le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, jésuite. L'année 2011 marquera le 400e anniversaire de sa naissance. Né le 9 mars 1611, il est mort à Québec le 21 février 1693, à 82 ans, après 54 ans de vie missionnaire auprès des Hurons, des Iroquois et des Français. Le père Claude Dablon écrivait une semaine après la mort du père Chaumonot: «Nous avons perdu le plus ancien et le plus fameux de nos missionnaires». Un autre ajoutait: «Une personne d'un si grand mérite et d'une si haute sainteté ne devait-elle pas au moins être mise dans un cercueil de plomb afin de ne pas confondre ses ossements avec ceux du commun»? On n'a pas dû écrire cela à la légère: «Le plus fameux missionnaire», «hors du commun», «d'un grand mérite», «d'une haute sainteté».

Au sujet du père Chaumonot, il semble bien difficile de lui adresser quelque reproche. Après avoir travaillé 11 ans au pays des Hurons avec ses compagnons dont plusieurs sont morts martyrs des Iroquois (car les Jésuites ont eux aussi subi les coups et contre-coups des attaques iroquoises), le père Chaumonot revint à Québec et pendant 43 ans, il accompagna les Hurons dans leurs déplacements: à Québec (1650-1651), à l'Île d'Orléans (1651-1656), de nouveau à Québec (1656-1666), à Beauport (1666), à Notre-Dame-de-Foy (1667-1673), à Notre-Dame-de-Lorette (1673-1692). Il n'a quitté les Hurons que pour trois brèves mais remarquables missions: - aux Iroquois (1655-1658) où il est le premier missionnaire à s'adresser aux chefs des cinq Nations. Il les éblouit par ses offrandes de présents suivant leur coutume; - à Montréal (1663-1664) où il fonde avec madame D'Ailleboust, Marguerite Bourgeoys, Judith de Bressoles et le curé Suart la Confrérie de la Sainte Famille, toujours vivante à Québec et rattachée à la cathédrale depuis son approbation par Monseigneur de Laval en 1664 - au fort Richelieu (1665-1666) où il est aumônier des soldats du régiment de Carignan.

La mission la plus chère du père Chaumonot a été celle des Hurons. Au retour de ces trois brèves missions, il mentionne: «On me remit auprès de mes chers Hurons qui étaient réfugiés à Québec». Les Iroquois les avaient attaqués jusqu'à l'Île d'Orléans (20 mai 1656). Pendant ses 54 ans avec les Hurons, le père Chaumonot a vécu avec eux deux moments dramatiques de leur histoire: celui de l'abandon de leur pays et celui de leur survivance après leur déplacement à Québec. Il a donc connu le temps de la destruction du pays des Hurons, causée par la possession d'arquebuses du côté iroquois. Ayant lui-même vu partir 300 guerriers de sa mission, il écrit qu'ils «combattirent généreusement jusqu'à la mort pour la défense de leur patrie». Dans cette même lettre du 1er juin 1649, écrite de l'Île Saint-Joseph, «où la plupart des Hurons se sont réfugiés et où leur nourriture n'est que de gland ou d'une racine amère», il laisse transparaître son affection pour cette nation: «je voudrais pouvoir représenter à toutes les personnes affectionnées aux Hurons, l'état pitoyable où ils sont réduits. Elles ne pourraient se contenir de pleurer à chaudes larmes. Ils sont comme de pauvres morts déterrés».

Suite à cet effroyable hiver de 1650, les Jésuites se sont rendus aux arguments de «deux anciens capitaines (chefs) venus trouver le père Ragueneau. Mon frère, dirent-ils, toi seul peut nous donner la vie si tu veux faire un coup hardi. Jette les yeux du côté de Québec pour y transporter les restes de ce pays perdu» (RJ 35,194). «Lorsque nous fûmes rendus à Québec, écrit le père Chaumonot, on me donna le soin de tous ces pauvres étrangers». Ils avaient en effet perdu leur pays. Pendant les 43 dernières années de sa vie, le père Chaumonot les a accompagnés dans leurs déplacements dans la région de Québec, sauf le dernier au village actuel de Wendake.

Il a ainsi été le fidèle successeur du père de Brébeuf en demeurant avec les Hurons jusqu'à sa mort. Certes, le père de Brébeuf avait connu des heures difficiles chez les Hurons, en particulier lors des épidémies de petite vérole. On jugea d'ailleurs bon de le renvoyer pour un temps à Québec (1641 à 1644). Mais à son retour, leur admiration ne cessa de grandir pour atteindre son sommet quand il demeura et mourut avec les Hurons au bourg de Saint-Louis. Pour bien marquer cette admiration, ils ont voulu le ressusciter en la personne d'un autre en suivant leur coutume, celle de donner le nom d'un défunt à quelqu'un de sa parenté. Or, c'est le père Chaumonot qu'ils ont choisi pour lui succéder en lui donnant son nom huron «Échon». Le père Chaumonot a eu le plus grand respect pour cette coutume. Il écrit qu'il a eu l'honneur de porter le nom du père de Brébeuf (Autobiographie). Jusqu'à la fin de sa vie, il s'est entendu appeler «Échon» et il signait «Échon» au bas de ses lettres à ses confrères. Il savait ce que cela voulait dire: il était le père de Brébeuf ressuscité, et comme lui, il devait demeurer et mourir avec les Hurons

Il faudrait relever bien d'autres traits du père Chaumonot : spécialiste des langues huronne et iroquoise, auteur de dictionnaires et de grammaires, interprète et ambassadeur pour les gouverneurs. Fondateur des paroisses de Notre-Dame-de-Foy et de L'Ancienne-Lorette, il fut d'abord un parfait évangélisateur, un homme de compassion, de prière et d'action reconnu comme un saint et un grand thaumaturge. Le jour de ses funérailles à Québec, une Iroquoise fut guérie en arrivant auprès de son corps. Puisque c'est la période des voeux, souhaitons que le 400e de la naissance du père Chaumonot en l'année 2011 le fasse davantage découvrir!

Gilles Drolet, membre  de la Société d'histoire et de la Corporation de la Chapelle Notre-Dame-de-Lorette de L'Ancienne-Lorette

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