Point de vue

Gaz de schiste: il faut une réglementation sévère et vite!

C'est au nord de la ville de Hudson's... (Photo: Garth Lenz, collaboration spéciale)

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C'est au nord de la ville de Hudson's Hope que la société Talisman a lancé l'exploitation de son plus gros gisement de gaz de schiste en Colombie-Britannique.

Photo: Garth Lenz, collaboration spéciale

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Des têtes de puits de forages qui explosent. L'eau des robinets qui prend feu dans des résidences au contact d'une flamme de briquet. De l'eau devenue insalubre parce que du gaz naturel (méthane) s'est mélangé à l'eau des puits artésiens. Voilà quelques-uns des nombreux problèmes environnementaux subis par des habitants du village de Dimock dans le comté de Susquehama, en Pennsylvanie, à la suite du forage de puits par des compagnies à la recherche de gaz de schiste, appelé plus précisément gaz de shale. C'est ce qu'on pu voir dernièrement les téléspecteurs québécois dans l'émission Découverte diffusée par la Société Radio-Canada.

Éviter les même erreurs

Dans le but d'éviter de reproduire au Québec les mêmes erreurs, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) aurait tout intérêt à entendre ces résidents de l'État de la Pennsylvanie confrontés à ces graves problèmes.

Le secrétaire à l'Environnement de la Pennsylvanie a d'ailleurs affirmé qu'il va promulguer dorénavant des réglements beaucoup plus sévères à l'endroit des compagnies exploratrices. Pour sa part, le gouverneur de l'État de New York a décidé d'agir plus rapidement en décrétant un moratoire d'exploration pour mieux encadrer les pratiques des compagnies dont le seul but, rappelons-le, est de rentabiliser au plus vite leurs investissements tout en enrichissant leurs actionnaires, malgré les conséquences désastreuses sur la population et l'environnement.

Impartialité et équité

Jusqu'ici, dans le cadre des audiences du BAPE, un représentant de la Pennsylvanie nettement en faveur de l'exploitation des gaz de schiste a été appelé à témoigner. Toutefois, aucun des habitants du village de Dimock dans le même État n'a été convoqué devant les membres du BAPE pour expliquer les désagréments qu'ils vivent quotidiennement suite aux forages des compagnies. Si le BAPE, qui relève du ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, M. Pierre Arcand, veut garder toute sa crédibilité et son impartialité, il devrait aussi convoquer des résidents du village de Dimock en Pennsylvanie pour entendre leurs points de vue sur le sujet. C'est avant tout une question d'équité et de respect de la population. Le fera-t-il? J'en doute fortement.

L'impact des forages sur l'environnement

Devant tous ces faits troublants révélés par Radio-Canada, il est urgent de connaître au Québec l'impact des forages près des habitations et des puits artésiens (la nappe phréatique risque fort d'être contaminée comme comme on a pu le voir en Pennsylvanie). Il est aussi urgent de connaître l'impact général sur l'environnement et la population des déversements massifs actuels dans des usines municipales de traitement de l'eau résiduelle utilisée pour fragmenter les roches sédimentaires dans les shales gazifères. Eau qui contient de grandes quantités de polluants chimiques et radioactifs.

Un rapport attendu

Le rapport du BAPE est attendu avec impatience en février 2011. C'est à ce moment qu'on pourra vraiment constater s'il se limite à des recommandations générales peu contraignantes pour les compagnies, recommandations que le gouvernement du Québec n'est d'ailleurs pas obligé d'appliquer pour évidemment ne pas déplaire aux investisseurs.

Des questions importantes

Les habitants inquiets des régions concernées par les forages en cours et ceux à venir pour trouver du gaz de schiste ou gaz de shale au Québec devraient pouvoir avoir une réponse claire aux questions fondamentales qu'ils se posent:

- Pourquoi le gouvernement ne force-t-il pas toutes les compagnies concernées à lui fournir et à rendre publique la liste des produits chimiques injectés pour la fragmentation des roches sédimentaires, de même que les concentrations de ces produits rejetés dans les usines de traitement, une fois la fragmentation terminée?

- Y a-t-il une migration verticale vers les nappes phréatiques du gaz transporté dans le conduit principal d'extraction, migration effectuée par des failles naturelles dans la roche avoisinante du conduit principal?

- Quel est le risque de radioactivité des résidus d'eau contenant notamment du radium et du baryum (des éléments radioactifs), résidus transportés par camions dans les usines municipales de traitement d'eau?

- Quels sont les dangers si le gaz libéré s'infiltre ailleurs dans la tête de captage du puit foré?

- Quelle est la distance obligatoire des habitations que doivent respecter les compagnies d'exploration?

- Quelles sont les mesures de dédommagement qui seront prises advenant une contamination accidentelle immédiate, ou dans quelques années, d'un puit artésien situé près d'une habitation?

- Quel est le montant exact des redevances versées au gouvernement et aux régions concernées par les compagnies, par rapport à ce qui se fait ailleurs au Canada et aux États-Unis?

- Pourquoi le Québec ne se servirait-il pas de l'expérience vécue et des réglements promulgués ailleurs notamment dans des États américains et dans la province de la Colombie-Britannique où des forages se font aussi?

Autant de questions auxquelles il est urgent de répondre avant d'émettre au Québec tout nouveau permis d'exploration et d'exploitation des gaz de shale.

André Delage, journaliste indépendant

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