Point de vue

Cessons de faire peur au monde

Ce qui étonne, l'auteur, c'est de voir le... (Photothèque Le Soleil)

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Ce qui étonne, l'auteur, c'est de voir le ministère des Finances du Québec, et son ministre Raymond Bachand (photo) prendre clairement partie dans ce débat en ne présentant qu'une facette de la réalité. 

Photothèque Le Soleil

Un débat vigoureux a cours au Québec au sujet des finances publiques et de la dette et nous devons nous en réjouir. Cependant, à mesure que le débat monte en intensité, on essaie de tordre le cou aux chiffres. D'un côté, il y a ceux qui affirment que la dette publique québécoise est négligeable. De l'autre, on affirme que la dette québécoise est au contraire catastrophique. Les uns comme les autres exagèrent et on ne s'en étonnera pas outre mesure.

Ce qui étonne, par contre, c'est de voir le ministère des Finances du Québec prendre clairement partie dans ce débat en ne présentant qu'une facette de la réalité.

Dans une étude datée de février 2010, le ministère laisse entendre que l'état d'endettement du Québec, à 94% du PIB, serait au 5e rang des pays les plus endettés du monde industrialisé (l'OCDE) La Presse Affaires en a d'ailleurs fait sa une, illustrant un Québec au bord de la noyade, tiré vers le fond par une dette trop lourde.

Pourtant, dans tous les budgets du Québec et dans cette étude de février dernier, le ministère prend soin, à chaque occasion, de présenter la dette nette et la dette brute, de façon à offrir un portrait complet de la situation. Or, en établissant sa comparaison internationale, la dette nette du Québec n'apparaît nulle part! C'est à la fois absurde et malhonnête. L'OCDE elle-même publie évidemment les données de la dette nette de tous les pays membres.

Indiquer la dette brute d'un pays sans offrir le portrait global, ça n'a aucun sens. La Norvège, par exemple, avait une dette brute à 56% de son PIB en 2008. Mais elle avait aussi accumulé une cagnotte de plusieurs centaines de milliards, ce qui fait qu'en réalité, la dette nette de la Norvège est à moins 125% de son PIB. Dit autrement, la Norvège est en mesure de rembourser toute sa dette demain matin et il lui restera encore des centaines de milliards à la banque.

Pour prendre un autre exemple, imaginons que Jean a contracté une dette 50 000$ et qu'il en gagne autant par année. On dira qu'il a une dette brute à 100% de son revenu, ce qui semble inquiétant. Sauf que dans son compte en banque, Jean a 40 000$. Sa dette nette, de 10 000$, est donc à 20% de son revenu. On conviendra que c'est pas mal moins inquiétant.

Et deux ans plus tard...

Pourquoi le ministère des Finances agit-il ainsi? C'est bien simple, en prenant en compte la dette nette, impossible de faire peur au monde, car le portrait change complètement. En 2008, la dette nette était, selon mes calculs, à 43% du PIB, le Québec se situant alors au 11e rang, tout juste au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. Avouons que c'est pas mal moins inquiétant.

De toute façon, nous sommes maintenant en 2010, deux ans plus tard et le portrait international a radicalement changé. Pour le pire.

Selon l'OCDE, en 2010, l'endettement net des États-Unis atteindra 65% de son PIB, une augmentation de 38%. Au Royaume-Uni, la dette nette aura augmenté de 79% en deux ans et en Irlande de 90%! Pour ce qui est de la dette brute des pays de l'OCDE, elle atteindra en moyenne 97,4% du PIB!

Dernière remarque à propos des comparaisons Québec-Ontario. Au cours des cinq prochaines années, il est prévu que l'Ontario cumule les déficits à hauteur de 100 milliards de dollars, dont 25 milliards pour la seule année  2009-2010. La dette ontarienne atteindrait alors 277 milliards $.

Ni catastrophique, ni négligeable, notre endettement se situe dans la moyenne des pays industrialisés. Depuis la crise, la dette de plusieurs pays développés ayant explosé, la situation relative du Québec est bien meilleure. Ça ne veux pas dire qu'on ne doit pas tenter de réduire notre dette, bien au contraire. Qui n'aimerait pas réduire ses dettes?

Mais s'il vous plaît, pourrait-on arrêter de faire peur au monde en tordant le cou à la réalité?

Stéphane Gobeil

L'auteur a été membre du Cabinet du chef du Bloc Québécois de 1998 à 2009. Il dirige aujourd'hui sa propre entreprise.

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