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Vendre Hydro-Québec ne règle rien

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C'est la troisième fois en autant d'années que l'Institut économique de Montréal publie une étude prônant la privatisation d'Hydro-Québec. L'auteur du document est Claude Garcia, ancien p. d-g. de la Standard Life, actuel membre du conseil d'administration de la Caisse de Dépôt et président de son comité de vérification.

Selon l'auteur, privatiser Hydro rapporterait une dizaine de milliards de plus par année. Raisonnement pour le moins biaisé puisque les bénéfices ne reviendraient plus au gouvernement, mais aux détenteurs d'actions. Garcia contourne ce problème en supposant une taxe originale - une augmentation des redevances d'Hydro-Québec au gouvernement - qui redonnerait ce bénéfice à l'État, une mesure peu crédible puisqu'il n'y aurait plus d'intérêt à acheter de telles actions.

Malheureusement, l'étude n'apporte rien de bien nouveau. Six des dix milliards proviennent d'une hausse des tarifs d'électricité, qui seraient élevés au niveau ontarien. Même si on peut augmenter les tarifs sans privatiser Hydro, l'idée n'est pas fameuse. Il ne faut pas oublier qu'on paie l'électricité plus cher qu'au Manitoba, qu'en Colombie-Britannique et que dans l'État de Washington, provinces et État qui produisent l'électricité à partir de grands barrages comme nous. De plus, Hydro nous vend l'électricité près de deux fois son coût de production, ce qui lui permet d'enregistrer d'importants bénéfices.

L'idée d'augmenter les tarifs pour exporter l'électricité économisée comporte deux problèmes, à commencer par celui de l'équité. Les moins fortunés sont vulnérables aux hausses de tarifs. C'est qu'ils consomment souvent plus d'électricité que la classe moyenne, ayant à chauffer leur vieux logis mal isolé. L'autre problème touche celui des exportations. Si les États et provinces limitrophes au Québec achètent l'électricité une vraie fortune durant la période de pointe estivale, ils ne paient à Hydro que 5,5 ¢/kWh le reste de l'année, soit presque 1,5 ¢ de moins que notre tarif résidentiel avec taxes. Or notre société d'État exporte déjà au maximum durant l'été et, par conséquent, n'augmenterait pas ses revenus en exportant notre électricité économisée. Hausser nos tarifs pour accroître les recettes d'Hydro-Québec n'a rien de magique, puisque c'est nous qui payons au bout du compte.

En plus d'augmenter les tarifs, Claude Garcia veut couper les subventions aux alumineries. Il dit que cette mesure ferait économiser deux autres milliards à Hydro-Québec. Même si on n'a pas besoin ici non plus de privatiser Hydro pour appliquer cette mesure, les calculs de Garcia sont pour le moins contestables. C'est que l'auteur semble ignorer que les très faibles tarifs des alumineries s'expliquent surtout par le fait que leurs barrages ont échappé à la nationalisation. Par exemple, le gouvernement Charest a reconduit son entente avec Alcan pour les cinquante prochaines années. Vendre notre société d'État n'y changera rien.

L'auteur de l'étude affirme qu'Hydro devrait exporter l'électricité des alumineries au tarif de 9,6 ¢/kWh, soit le prix moyen des exportations en 2005, année record. Nous l'avons dit plus haut, les exportations supplémentaires ne rapportent que 5,5 ¢/kWh, puisque l'entreprise exporte déjà au maximum durant la pointe estivale, où les tarifs sont plus élevés. M. Garcia confond prix moyen et prix marginal. Ici, tout ce qu'Hydro peut faire, c'est d'abolir son tarif industriel, de 4,57 ¢/kWh, et exporter l'électricité ainsi économisée à 5,5 ¢/kWh. Il s'agit d'un gain de moins de 1 ¢/kWh, gain effectué en sacrifiant une importante activité économique régionale.

Pour récapituler, Claude Garcia « économise » six milliards via une hausse de nos tarifs et deux autres milliards découlent d'un mauvais calcul basé sur la fin des subventions aux alumineries. Finalement, deux milliards supplémentaires sont sauvés en laissant la gestion d'Hydro au secteur privé : il trouve ses coûts de fonctionnement trop élevés.

Il est certain que toute entreprise publique doit être bien gérée et qu'elle doit être surveillée de près. La taille d'Hydro est imposante et par conséquent sa gestion n'est pas aisée. Il en va de même pour les grandes entreprises privées, comme GM.  Affirmer que le secteur privé est plus efficace que le public relève de l'idéologie, et les arguments de M. Garcia sont peu convaincants.

Il affirme par exemple que les frais d'exploitation par client d'Hydro sont plus élevés que ceux des entreprises privées américaines, sans tenir compte qu'ici la consommation moyenne est plus forte que chez nos voisins, à cause du chauffage.

Plus loin, il calcule que les derniers barrages d'Hydro reviennent plus cher par mégawatt que les barrages américains qu'il a retenus. C'est qu'il compare des petites et moyennes centrales à de plus grands projets pour notre société d'État.

N'ayant pas la même échelle de grandeur, ces projets ne présentent pas la même structure de coût et même de revenus futurs. M. Garcia mélange les pommes et les oranges. Il ne faut pas non plus oublier qu'Hydro a déjà exploité les meilleurs sites au Québec, ce qui n'est pas le cas partout aux États-Unis.

L'auteur va jusqu'à dire que nos turbines tournent moins qu'aux États-Unis. En fait, dans ses tableaux, seules deux entreprises américaines ont un facteur d'utilisation plus élevé qu'Hydro. Les calculs de la première sont principalement basés sur ses centrales nucléaires, l'autre sur ses centrales au charbon. Ces types de centrales offrent de meilleurs rendements en tournant à pleine capacité, ce qui n'est pas le cas pour les grands barrages. Les chiffres avancés renvoient à n'importe quoi.

Nous savons que la maximisation du profit n'est pas le seul objectif d'une entreprise publique. Hydro est reconnu pour la fiabilité de son réseau. Hydro a une politique d'achat national : sur chaque dollar dépensé, 94 ¢ le sont au Québec. Par exemple, acheter l'acier au Québec plutôt qu'en Asie coûte cher, mais soutient notre économie. Hydro est présent sur tout le territoire du Québec, créant de l'emploi direct et indirect dans toutes les régions. Ce genre de mesures augmente les coûts de fonctionnement, mais génère des retombées sociales.

L'intérêt de la population dépasse le seul critère du profit. Privatiser Hydro-Québec a souvent été évalué. Ramener cette idée à chaque année relève de l'idéologie et nous fait tourner en rond.

Gabriel Ste-Marie, économiste à la Chaire d'études socio-économiques de l'UQÀM

St-Jean-de-Matha

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