Les Hunger Games de l'aide à mourir

Nicole Gladu (à gauche) et Jean Truchon (à... (Archives La Presse, André Pichette)

Agrandir

Nicole Gladu (à gauche) et Jean Truchon (à droite) souhaiteraient pouvoir avoir recours à l'aide médicale à mourir même s'ils ne sont pas en fin de vie ou si leur mort n'est pas raisonnablement prévisible.

Archives La Presse, André Pichette

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / Faut-il vraiment que ce soient les plus faibles, les plus mal en point, les désespérés qui fassent le travail pour lequel on paie les parlementaires? Et comment les gouvernements osent-ils se cacher derrière les tribunaux quand ceux-ci, avec l'arrêt Carter, ont déjà tranché la question? À l'unanimité, en plus...

Un peu de courage, quand même.

Jamais Nicole Gladu et Jean Truchon n'auraient dû en être réduits à se lancer dans une bataille juridique afin de faire reconnaître leur droit à mettre un terme à leurs souffrances, eux pour qui chaque journée est déjà une bataille. 

Les deux gouvernements, à Québec et Ottawa, ont failli à leur devoir de s'assurer que la loi C-14, sur l'aide médicale à mourir, soit conforme aux droits qui nous sont reconnus par la Charte des droits et libertés. Et plutôt que de prendre eux-mêmes les moyens de corriger cette erreur, ils ont décidé de se croiser les bras pendant que les victimes montent au front. On se croirait dans les Hunger Games de l'aide à mourir.

Mais à quoi bon mener ces batailles si, au terme du parcours, les acquis ne sont pas mis en force? 

Cela fera deux ans, cet automne, que la Cour Suprême au grand complet a reconnu le droit de tout adulte à recevoir de l'aide médicale pour mettre fin à ses jours, si il ou elle est «affecté de problèmes de santé graves et irrémédiables [y compris un handicap] lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables». 

C'est aussi clair et limpide aujourd'hui que ça l'était le 15 octobre 2015, lorsque la décision a été rendue. 

Mais pourtant, la loi C-14, présentée et adoptée par le gouvernement Trudeau, est venue réduire la portée de ce jugement en ajoutant un critère de «mort raisonnablement prévisible». 

Le gouvernement fédéral a alors décidé que des milliers de Canadiens ne pourraient se prévaloir du droit que venait de leur reconnaître le plus haut tribunal au pays. 

L'erreur est humaine. C'est un sujet délicat, un débat qui polarise les opinions, un changement profond de mentalités... Ce ne sont pas les excuses qui manquent, mais dans le doute, le gouvernement Trudeau n'avait qu'à soumettre lui-même son texte de loi en renvoi à la Cour suprême. 

Il a plutôt décidé de se mettre la tête dans le sable pour se décharger de son fardeau sur les citoyens qui sont les moins capables de l'assumer. Il n'y a pas d'autre mot que la lâcheté pour décrire ce choix.

Et le gouvernement de M. Couillard ne montre pas beaucoup plus de bravoure. En novembre dernier, six ordres professionnels demandaient à rencontrer la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, pour la convaincre de procéder elle aussi à un renvoi, dans son cas à la Cour d'appel du Québec pour statuer sur la constitutionnalité de la loi fédérale. 

Ni Mme Vallée, ni son collègue à la Santé, le ministre Gaétan Barrette, n'ont manifesté quelque appétit que ce soit pour cette bataille. Il y a de quoi s'offusquer quand même, à entendre M. Barrette se réjouir, maintenant, que deux personnes aux prises avec de cruels handicaps mènent ce qui devrait être son combat. 

On reproche parfois aux tribunaux de vouloir se substituer aux gouvernements. C'est rarement le cas, mais ici, clairement, on assiste à l'inverse. Ottawa et Québec se cachent derrière les toges des juges, par manque de courage politique. Ce n'est pas pour cela qu'ils ont été portés au pouvoir.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer