Entre l'horreur et l'incompétence

Qu'est-ce qui a changé pour que, jeudi soir,... (AFP, Mohamed al-Bakour)

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Qu'est-ce qui a changé pour que, jeudi soir, l'armée lance des missiles Tomahawk contre une base aérienne en Syrie? En quoi le carnage inhumain provoqué par une attaque chimique sur la population de Khan Cheikhoun aurait-il changé la donne?

AFP, Mohamed al-Bakour

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ÉDITORIAL / Voilà tout juste une semaine, le secrétaire d'État et l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU affirmaient que le sort de Bachar Al-Assad n'était plus une priorité de leur gouvernement, et évoquaient même la possibilité de «coopérer» avec lui contre des organisations terroristes.

Pendant la campagne électorale, Donald Trump n'a cessé de répéter que les États-Unis ne devraient pas intervenir dans ce conflit ou tenter de déloger Al-Assad.

Qu'est-ce qui a changé pour que, jeudi soir, l'armée lance des missiles Tomahawk contre une base aérienne en Syrie? En quoi le carnage inhumain provoqué par une attaque chimique sur la population de Khan Cheikhoun aurait-il changé la donne?

Une semaine plus tôt, les Nations Unies révélaient que le nombre de réfugiés fuyant le conflit syrien dépassait maintenant les cinq millions. S'y ajoutent près de sept millions de personnes déplacées par la guerre à l'intérieur du pays. 

L'armée du régime Al-Assad a utilisé des armes chimiques contre la population à plus de 200 reprises depuis le début du conflit. La Syrian American Medical Society (SAMS) a documenté, entre mars et juin 2015, pas moins de 43 attaques au chlore, avec la bénédiction du parrain russe. 

Quelques jours avant l'attaque de Khan Cheikhoun, les forces syriennes avaient utilisé ces mêmes armes contre un hôpital souterrain, transformé en véritable chambre à gaz pour ses occupants.

Ces choses étaient de notoriété publique quand le président Trump a fermé les portes de son pays au visage de tous les réfugiés syriens. Lui qui, pendant la campagne, disait qu'il n'aurait «aucun problème à regarder des enfants syriens dans les yeux et leur dire qu'ils ne peuvent pas venir ici».

Pourquoi, mercredi dernier, le président se serait-il ému, alors? Pour cet homme narcissique, n'importe quel événement, aussi monstrueux soit-il, n'est qu'un prisme à travers lequel il ne voit que sa propre image. 

Le crime de l'armée syrienne ne pouvait pourtant pas rester impuni. L'impunité quasi totale dont jouit le régime Al-Assad est la source du problème. Il était temps, six ans après le début de cette destruction, qu'une puissance passe de la parole aux actes, même si dans un contexte aussi volatil, et avec autant d'acteurs impliqués, personne ne peut vraiment en prédire les retombées. 

Pour la population syrienne, abandonnée à son sort par l'Occident, les groupes islamistes armés se présentaient comme seule force ayant la volonté de s'opposer au régime. Ne pas réagir aux atrocités de Khan Cheikhoun n'aurait fait que renforcer une nouvelle fois leur discours.

Ne nous faisons pas trop d'illusions sur l'impact de cette frappe. Les Russes auraient été, selon toute vraisemblance, avertis d'avance, afin de prévenir l'escalade. Les images diffusées jusqu'ici montrent que les missiles n'ont pas causé de dommages importants aux appareils ou aux infrastructures de l'armée syrienne. 

L'exercice semble conçu autant pour envoyer un message que pour épater la galerie. Cet événement représente aussi, pour l'administration Trump, une occasion unique de prendre ses distances face au gouvernement de Vladimir Poutine, au moment où le filet se resserre sur elle. 

Reste à voir s'il y avait une vision, une stratégie réelle, derrière cette frappe. Ce serait bien la première fois depuis que ce président a accédé au pouvoir. Son parcours jusqu'ici n'a rien pour inspirer la confiance.




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