Quand la loi n'a plus de sens

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Des réfugiés traversant lundi la frontière canado-américaine à Hemmingford au Québec

La Presse canadienne, Paul Chiasson

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(Québec) ÉDITORIAL / Le nombre d'immigrants qui traversent la frontière clandestinement a connu une hausse importante, particulièrement au Québec, mais il n'y a pas de raison d'être alarmiste pour autant.

Il ne faut d'abord pas faire l'erreur de croire que la situation est exclusivement due aux politiques anti-immigration du président des États-Unis. Cette hausse se dessinait bien avant son arrivée.

Des données de l'Agence des services frontaliers, publiées hier dans La Presse, montrent en effet que les chiffres sont en hausse depuis 2014. Mais plusieurs tentent de se faire du capital politique sur le dos de ces immigrants, qu'ils qualifient, faussement, d'«illégaux». Ils exploitent ce thème pour une seule raison, aller chercher les votes d'un électorat de droite qui répond toujours bien lorsqu'on brandit des arguments de peur. Pourtant, rien n'indique qu'on ait des raisons de craindre ces gens.

Le problème, ce n'est pas que des gens traversent «illégalement», c'est plutôt que le système actuel ne leur laisse guère d'autre choix. Les modalités prévues par «l'Entente Canada/États‑Unis sur les tiers pays sûrs» créent un entonnoir virtuel qui oblige tout demandeur d'asile à présenter sa demande dans le premier pays où il met les pieds. 

L'entente, conclue dans la foulée des attentats de New York, est entrée en vigueur en 2004. Dans le contexte actuel, aggravé par l'administration Trump, elle ne fait qu'empirer les choses. Il est temps d'y mettre fin ou d'en renégocier les termes. 

Cet accord revient, en quelque sorte, pour le Canada à abdiquer ses responsabilités en laissant les États-Unis traiter les dossiers de réfugiés qui voudraient s'établir ici. La seule option qui reste pour les nouveaux arrivants qui se sentent piégés, c'est d'entrer clandestinement au pays, au risque de leur santé, sinon de leur vie, avec les résultats que l'on sait. 

L'entente n'aurait de véritable sens que si les deux pays offraient les mêmes conditions aux demandeurs d'asile, ce qui est loin d'être le cas. La situation est beaucoup plus difficile au sud de la frontière, où on a recours plus souvent à la détention, où les demandes avortent automatiquement au bout d'un an. Et la solution n'est certainement pas d'adopter le même régime au Canada. 

Le Conseil canadien des réfugiés (CCR) appelle depuis longtemps le gouvernement canadien à se retirer de l'Entente. Le seul moyen de freiner les entrées clandestines, c'est d'offrir une meilleure solution. Ce n'est pas un problème que l'on pourra régler par la répression. Il faut adopter des politiques d'immigration réalistes, qui permettent aux arrivants de présenter leur demande de façon ordonnée à la frontière.

Il est hors de question pour le Canada de suivre les traces de Donald Trump, qui agit sans aucune considération pour les plus vulnérables, dans un but exclusivement partisan. 

Le système instauré en 2004 a atteint ses limites, et cela crève maintenant les yeux. On ne peut plus se mettre la tête dans le sable et croire que le problème va se régler de lui-même. On ne parviendra probablement pas à endiguer le flot de nouvelles demandes, surtout avec les politiques du nouveau gouvernement américain. Mais assurons-nous au moins qu'elles se fassent dans l'ordre, et en sécurité.




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