La fortune des 1 %, le travail des autres

Le fossé entre les riches et les pauvres... (Archives La Presse)

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Le fossé entre les riches et les pauvres s'est creusé surtout à partir des années 90, selon Statistique Canada, et rien n'indique que la courbe va s'inverser.

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(Québec) ÉDITORIAL / Pour illustrer l'écart grandissant entre les riches - dans ce cas-ci des dirigeants d'entreprise - et ceux qui travaillent pour eux, le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA) calcule combien d'heures les 100 pdg canadiens les mieux payés devraient travailler pour recevoir le salaire annuel moyen d'un travailleur. Cette année, une dizaine d'heures de boulot leur auraient suffi.

La méthode a le mérite d'attirer l'attention, au moment où débute la nouvelle année. Il s'agit d'un raccourci, évidemment, le problème est complexe, mais il n'en est pas moins réel pour autant. 

Il y a d'abord la question de la rémunération des chefs d'entreprise, dont la croissance est devenue boulimique. La CCPA rappelle qu'en 1995, le salaire des 50 pdg les mieux payés au pays équivalait à 85 fois le salaire moyen. En 2015, le même groupe-témoin empochait l'équivalent de presque 300 fois le salaire moyen.

Rien ne justifie l'explosion de cet écart, qui frise l'indécence. La rémunération par options d'achat d'actions est devenue la règle, mais ces gains devraient être taxés comme un revenu, ce qu'ils sont. 

Mais au-delà de la rémunération de quelques chefs d'entreprise privilégiés, il y a aussi, et surtout, la question des inégalités dans le partage de l'enrichissement. 

Le fossé s'est creusé surtout à partir des années 90, selon Statistique Canada, et rien n'indique que la courbe va s'inverser. Les plus fortunés s'enrichissent plus rapidement que les autres.

Cela semble, à la plupart d'entre nous, comme une vérité de La Palice, mais ce ne fut pas toujours le cas. Entre 1950 et 1980, la croissance des revenus se ressemblait pour tous les groupes. Depuis, l'écart ne cesse de se creuser entre le sommet de l'échelle et le reste. 

La pyramide de richesse ressemble de plus en plus à ce qui existait au tournant du siècle dernier, avant le krach boursier. En 1910, le groupe des 1 % empochait environ 18 % des revenus. En 1980, leur part était d'environ 10 %, mais en 2015 elle avait dépassé les 20 %, selon un organisme des États-Unis, le Center for Budget and Policy Priorities. 

Et des économistes du Fonds monétaire international ont calculé en 2015 que cet accroissement de la part des revenus les plus élevés correspondait étrangement à l'affaiblissement des organisations syndicales. 

Tony Atkinson, un économiste britannique décédé au début janvier, a consacré sa vie à ces questions. Il a notamment enseigné à Thomas Piketty, auteur du livre Le capital au XXIe siècle. 

Il refusait de croire que nous soyons impuissants devant cette concentration accélérée de la richesse. Le dernier livre qu'il a publié (Inequality: What Can Be Done?) propose une série de mesures pour créer un rapport de forces plus équitable entre les détenteurs du capital et les travailleurs. Les politiques qui stimulent l'innovation doivent, selon lui, faire une priorité de l'employabilité. 

On ne peut pas se fier aux forces du marché pour freiner, voire inverser cette spirale. La dynamique naturelle du capital est le nivellement par le haut pour une minorité, et seule l'action de l'État peut contrebalancer cette force. Partager l'enrichissement et stimuler la croissance économique peuvent sembler des objectifs irréconciliables. L'histoire montre que ce n'est pas nécessairement vrai.

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