La partisanerie et les oeillères

Jean-Martin Aussant et Gabriel Nadeau-Dubois... (La Presse, André Pichette)

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Jean-Martin Aussant et Gabriel Nadeau-Dubois

La Presse, André Pichette

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(Québec) ÉDITORIAL / L'exercice de consultation que proposent cinq personnalités (Jean-Martin Aussant, Claire Bolduc, Maïtée Labrecque-Saganash, Gabriel Nadeau-Dubois et Alain Vadeboncoeur) n'est pas sans intérêt.

La formule de «Faut qu'on se parle» est originale, et l'idée d'aller à la rencontre des Québécois chez eux, à la maison, pour discuter des enjeux ciblés permettra à des personnes qui n'auraient peut-être pas pu s'exprimer autrement de se faire entendre de vive voix.

La plateforme numérique (fautquonseparle.org), qui permet la discussion sur les 10 questions, est un outil qui a rarement, jusqu'ici au Québec, été utilisé pour la peine. Elle a aussi la grande qualité de se situer en dehors de la sphère de Facebook, même si le groupe y a une inévitable présence.

Les créateurs de ce forum citoyen insistent sur le caractère non partisan de leur démarche, même si celle-ci vise, entre autres choses, les politiques du gouvernement Couillard. «Les gens ont impression qu'il manque un projet de société, on ne se reconnaît pas dans les sphères partisanes», expliquait Gabriel Nadeau-Dubois le jour du lancement.

Mais il y a de fortes chances que plusieurs ne se reconnaissent pas non plus dans la démarche que lui-même et ses quatre partenaires proposent.

Le parti pris, pleinement assumé, envers la gauche et la souveraineté peut facilement se justifier, alors que le filet social québécois est constamment remis en question. Mais cette orientation risque aussi de taire des voix qu'il aurait peut-être fallu entendre.

Ceux et celles qui ont une autre vision des problèmes - et des solutions - auront peu de raisons de se sentir invités à la réflexion. Ils font aussi partie du Québec, pourtant, et tous ne rêvent pas nécessairement d'indépendance.

Le projet souverainiste est à certains égards le talon d'Achille de l'opération, comme il est devenu celui du Parti québécois. Ni M. Aussant ni M.Nadeau-Dubois ne peuvent - ou ne devraient- renier leurs convictions, mais si l'élection de 2014 nous a appris quelque chose, c'est que la souveraineté elle-même, autant que la démarche pour y accéder, risque d'en refroidir plusieurs qui auraient pu apporter leur contribution à cette réflexion. La consultation sera peut-être non partisane, mais elle se fera avec des oeillères.

On n'invite pas vraiment les Québécois à définir un projet de société, on semble plutôt chercher à donner forme à un projet de société dont les grandes lignes sont déjà dessinées. On peut se demander si le but visé par cette consultation supposément non partisane n'est pas justement d'amasser un capital politique. Car quelles que soient les idées qui seront mises de l'avant, elles n'auront aucun poids sans véhicule politique pour les défendre.

On voit mal, aussi, comment le groupe parviendra à dégager une masse critique d'appuis pour son projet, alors qu'il risque de morceler encore plus le territoire politique. La famille de Québec solidaire sera-t-elle vraiment tentée de fournir des munitions à un groupe qui pourrait un jour courtiser son propre électorat souverainiste de gauche? Et les néo-démocrates qui espèrent mettre sur pied une aile québécoise du Nouveau Parti démocratique d'ici l'an prochain?

Finalement, ce sont les partisans d'Option nationale, dont l'allégeance envers M. Aussant demeure entière, qui hésiteront le moins devant ce dilemme. Mais il annonce probablement, à moyen terme, la mort de leur parti.

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