Les regrets du juge Robin Camp

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Robin Camp

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(Québec) ÉDITORIAL / Le Comité d'enquête du Conseil canadien de la magistrature, qui s'est penché cette semaine sur la conduite du juge albertain Robin Camp, a failli n'être qu'un exercice de relations publiques pour laver la réputation du magistrat.

Le Conseil avait dressé la liste des propos tenus par ce juge dans une cause d'agression sexuelle, où il avait demandé à la victime pourquoi elle n'avait pas «serré les genoux» pour empêcher le viol. Le juge avait acquitté l'agresseur, mais la Cour d'appel d'Alberta a ordonné la tenue d'un nouveau procès.

La liste est longue des affirmations fausses, voire méprisantes, qu'il a faites sur les lois dont il aurait dû être l'expert; des vieux stéréotypes et des mythes sur les femmes en général et les victimes de viol en particulier, et qui traduisaient son «antipathie» face à l'évolution des lois mises en place pour protéger les droits des victimes. 

«Le sexe et la douleur vont souvent ensemble. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose», a -t-il dit. «J'espère que vous ne vivrez pas longtemps», a-t-il aussi lancé à l'endroit de la procureure de la Couronne quand celle-ci a mis en question, avec raison, ses opinions rétrogrades.

Rien de tout ça n'a été discuté pendant les trois premiers jours d'audiences. Il n'a été question que des efforts du juge, face à la controverse, pour se «sensibiliser» aux lois qu'il aurait pourtant dû connaître mieux que quiconque, et pour qu'on lui explique la psychologie des victimes de violence sexuelle. 

C'est hier seulement qu'il a lui-même témoigné, exprimant ses regrets et admettant ses préjugés. Il a présenté ses excuses à la plaignante, ainsi qu'à la Couronne. Il affirme aussi qu'après plusieurs mois d'introspection, il a réalisé la portée de ses propos et admis que son langage avait été abusif et blessant. 

C'est trop peu et aussi beaucoup trop tard. Le juge Camp, nommé à la Cour fédérale, ne doit pas présider à des procès où il aura, entre autres, à se prononcer sur les causes impliquant des réfugiés, souvent des femmes ayant été victimes de violence. Son acte de contrition ne peut restaurer la confiance déjà si difficile à établir à l'endroit du système judiciaire pour les personnes vulnérables, souvent marginalisées et déjà jugées par la société.

Le contre-interrogatoire incisif, et impitoyable, que lui a fait subir  l'avocate chargée par le Conseil de présenter la preuve a mis en lumière ses lacunes, son manque de préparation, et surtout son incompréhension des lois, une faute impardonnable pour quiconque aspire à occuper de telles fonctions.

Même en 2015, après que la Cour d'appel eut démoli son jugement dans des termes peu élogieux, M. Camp ne comprenait toujours pas en quoi ses propos provoquaient autant de réactions, a-t-il dû reconnaître. 

Mais cette attitude a-t-elle été, au départ, l'une des raisons mêmes pour lesquelles il s'est retrouvé juge? Avant sa nomination, il siégeait au Justice Centre for Constitutional Freedoms, un organisme albertain de droite qui épouse justement les valeurs et les croyances qu'il a exprimées dans la fameuse cause. 

Pourquoi cet avocat d'origine sud-africaine, qui n'est arrivé au Canada qu'en 1998, spécialiste en droit des affaires sans expérience en droit familial, a-t-il été nommé en 2012 à la tête du tribunal albertain de violence familiale (Domestic Violence Court)? 

Le Conseil de la magistrature n'a pas à répondre à cette question, mais c'est elle, néanmoins, qui va au coeur du problème.

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