La (petite) politique de l'immigration

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Des réfugiés syriens sur l'île de Lesbos en Grèce

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(Québec) ÉDITORIAL / Avec ses dernières déclarations sur l'immigration, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, enfourche le cheval de bataille avec lequel il espère gagner des votes à l'élection partielle de Saint-Jérôme.

Cela ne fait pas pour autant de lui un Donald Trump québécois, n'en déplaise à Françoise David et Québec solidaire. Pas besoin d'être un néo-fasciste pour remettre en question certains aspects de la politique québécoise d'immigration. 

M. Legault cherche à se positionner un peu plus à droite de l'échiquier, mais à part les déclarations malheureuses - et maladroites - de Nathalie Roy sur le burkini, on ne peut pas vraiment accuser la CAQ d'extrémisme dans ce domaine. Il y a un peu plus d'opportunisme qu'autre chose dans sa position. Mais ce péché-là, quel parti peut prétendre ne pas le commettre?

Les problèmes d'intégration et de francisation que soulève François Legault ne sont pas nouveaux. Cela fait longtemps qu'on s'y attaque, mais trop mollement encore. On peut difficilement lui donner tort sur ce point. Mais c'est une réalité complexe sur laquelle les solutions faciles qu'il préconise n'auront qu'un impact limité. 

Si on veut hausser les taux de francisation des immigrants, il faut investir, point à la ligne. Le progrès se mesurera en dollars, malheureusement. M. Legault essaie de prendre le problème à l'envers en réduisant le nombre d'immigrants. On devrait pouvoir faire mieux que ça. 

Ce qui est plus inquiétant dans les propos de M. Legault, c'est le sentiment d'inquiétude qu'ils risquent de créer au sein de la population par rapport aux nouveaux arrivants. Là-dessus, l'exemple de Donald Trump nous montre comment un discours politique peut modifier les comportements au sein de la population.

Le discours de M. Legault, répétons-le, n'a rien en commun avec la xénophobie, voire le racisme qui transpire des propos du candidat républicain. Mais son recours à certaines données pour justifier le repli qu'il propose risque d'alimenter la méfiance, le rejet des nouveaux arrivants pour une partie de la population. 

Son fameux «test des valeurs» se situe exactement dans cette veine. Il crée une distinction arbitraire entre des bons et des mauvais Québécois. Prions pour que cette idée ne voie jamais le jour dans nos institutions.

On ne peut pas non plus, comme il le fait, réduire l'impact de l'immigration à quelques chiffres sur la francisation et les taux de chômage parmi cette catégorie de citoyens.

M. Legault semble croire que nous sommes envahis par une vague d'immigration non francophone qui menace le statut du français au Québec. Il oublie tout d'abord le fait que plusieurs de ces immigrants ne resteront pas au Québec. Un dossier paru dans Le Devoir au printemps nous rappelait plutôt que «le quart des immigrants admis entre 2004 et 2013 sont partis, soit 118 000 personnes. De ce nombre, la moitié ne parlait pas français.»

Le dossier soulevait aussi le problème qui se pose pour les immigrants à qui on enseigne le français, mais qui n'ont pas une connaissance suffisante de l'anglais pour se trouver un emploi. Ou pire, qui se heurtent à la discrimination de certains employeurs.

L'immigration est un domaine à plusieurs visages. Il faut en parler - on ne peut pas reprocher au chef de la CAQ de soulever la question - mais on doit se garder de faire de la petite politique avec ce dossier.

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