Le visage de la guerre en Syrie?

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La photo du petit Omrane Daqneesh a fait le tour du monde.

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(Québec) ÉDITORIAL / La photo d'un petit garçon en état de choc, couvert de sang et de poussière, assis sagement sur le siège coloré d'une ambulance, a brisé l'apathie d'un monde devenu indifférent aux images du drame syrien.

Un porte-parole du département d'État des États-Unis déclarait la semaine dernière que le petit Omrane représentait «le vrai visage» de ce conflit. 

Eh bien non. 

Si cette image, comme celle du cadavre d'Alan Kurdi, cristallise l'intérêt, ça n'est pas parce qu'elle est intolérable, mais bien qu'elle est tolérable, justement. Elle a une qualité «artistique», même si ce mot semble indécent dans le contexte. Elle évoque l'horreur sans pour autant nous y confronter. 

Le «vrai visage» de la boucherie qui déchire la Syrie ne peut se résumer à ça. Ce visage-là nous serait insupportable. On ne peut pas le regarder en face.

En 2011, c'est un autre enfant qui a d'abord incarné, pour nous Occidentaux, la sauvagerie de ce conflit. Hamza Al Khatib, cet enfant de Deraa, a été emprisonné, torturé et mutilé par les services de sécurité. On a ensuite remis son corps aux parents pour qu'il serve d'exemple et pour tenter de tuer la révolte par la terreur.

Le mois dernier, un autre enfant d'Alep, Abdullah Issa, âgé d'à peine 12 ans, a été décapité, cette fois par des rebelles islamistes du mouvement Nour al-Din al-Zenki. Sa mort, pourtant filmée et diffusée par les tueurs, n'a pas provoqué l'ombre de la réaction à laquelle on assiste depuis une semaine.

La semaine dernière, Amnistie internationale a publié un rapport («It breaks the human» : Torture, disease and death in Syria's prisons) basé sur les témoignages de 65 Syriens qui ont survécu à l'emprisonnement et à la torture. Au moins 17 000 personnes seraient mortes dans les centres de détention du régime depuis 2011, selon une estimation faite par le Human Rights Data Analysis Group. 

Cet autre visage nous est aussi connu. En 2013, un photographe de la police militaire syrienne a fait défection, emportant avec lui des milliers de photos de ces victimes de la brutalité étatisée. Des corps émaciés, meurtris et numérotés comme des animaux à l'abattoir. Des images qui, là encore, n'ont pas infléchi le cours de ce conflit.

Hier, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence, Stephen O'Brien, a cité des chiffres ahurissants. Il y a eu 373 attaques sur 265 établissements médicaux depuis que le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2139 en 2014. Et cela n'inclut pas juillet et août 2016, parmi les plus violents du conflit. De ce total, 336 frappes provenaient des forces syriennes et de leurs alliés russeset iraniens.

Le conflit arrive à un tournant. Des factions rebelles islamistes, qui se battaient entre elles jusqu'ici, parlent maintenant de former une coalition. Les combattants kurdes, qui affrontaient l'État islamique avec l'appui des États-Unis, ont ouvert un nouveau front contre l'armée syrienne cette fois. 

On parle encore d'établir des zones de sécurité protégée (safe havens), comme cela s'est fait dans le nord de l'Irak pour protéger les Kurdes en 1991, après la première guerre du Golfe. Un tel geste est aujourd'hui nécessaire, mais qui en prendra l'initiative? Les États-Unis sont en pleine campagne présidentielle et la Grande-Bretagne est déstabilisée par son retrait de l'Union européenne. Le Canada, lui, ne doit pas rester muet plus longtemps sur ce conflit.

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