Erdogan ou la religion au pouvoir

La purge à laquelle se livre le président... (AP, Kayhan Ozer)

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La purge à laquelle se livre le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, n'épargne aucun volet de l'administration turque.

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(Québec) ÉDITORIAL / Les Turcs ont payé de leur sang pour protéger leur démocratie, menacée par le coup d'État d'une faction militaire, mais leur victoire sera de courte durée. La purge à laquelle se livre le président Recep Tayyip Erdogan depuis maintenant deux semaines vise autant, sinon plus, à étendre son pouvoir qu'à neutraliser les responsables de l'insurrection.

Le bras de fer que se livrent Erdogan et les gulénistes sert de prétexte à ce qui ressemble désormais à une chasse aux sorcières en bonne et due forme, en raison de son étendue sans précédent, qui n'épargne aucun volet de l'administration turque. Après les militaires, les détentions, suspensions et fermetures d'institutions ont visé la justice, l'enseignement, les universités et hier encore une descente avait lieu dans les bureaux du Conseil de la recherche scientifique et technologique. Des dizaines de milliers de citoyens turcs ont été soit mis en état d'arrestation, soit déchus de leur poste. La purge n'épargne aucun secteur, près d'une centaine d'arbitres de soccer ont même été congédiés.

La violence de cette tentative de coup d'État peut sans doute justifier l'état d'urgence, voire la suspension temporaire de la Convention européenne des droits de l'homme, décrétée au lendemain de l'attaque. Mais la concentration des pouvoirs dans les mains du président turc avait commencé bien avant que les militaires ne prennent d'assaut le Parlement. Ce à quoi on assiste n'est que la continuation de ce mouvement. 

L'affrontement qui vient d'avoir lieu marque un tournant historique pour ce pays. Jusqu'ici, les luttes de pouvoir opposaient les partisans d'un État religieux, islamique, aux défenseurs de l'État laïque hérité de Mustafa Kemal Atatürk, dans l'armée notamment.

Cette fois, l'axe du conflit s'est déplacé et les protagonistes se réclament tous deux de l'Islam. Mais si, pour les gulénistes, l'Islam peut apparaître comme une fin en soi, pour Erdogan la foi ressemble surtout à un moyen pour bâtir un nouveau culte autour de sa propre personne. 

On en a eu un exemple en début d'année avec l'entrée en fonctions du nouveau premier ministre, Binali Yildirim, qui en a profité pour faire une profession de foi envers son chef : «Votre passion est notre passion, votre cause notre cause et votre chemin est notre chemin.» 

Cette fusion entre l'identité du chef d'État et celle de son pays fait partie du mythe et de la propagande utilisés par Erdogan pour asseoir son autorité. La tentative de coup d'État lui a offert l'occasion d'accélérer la transition qu'il souhaite voir réalisée vers un régime présidentiel. Il a d'ailleurs déjà annoncé son intention, dans la foulée des attentats, de placer tant les forces armées que les services de renseignement sous son autorité. 

Le gendre du président est aussi ministre de l'Énergie, et un des fils de M. Erdogan fait l'objet d'une enquête en Italie pour blanchiment d'argent. La corruption n'est d'ailleurs pas étrangère au conflit entre les partisans de Gulen et ceux d'Erdogan. Le conflit larvé s'est envenimé quand des ministres turcs et des membres de leur famille avaient été accusés en 2013 de détournement de fonds. 

Cette bataille se poursuit encore aujourd'hui. Elle se fait au nom de la démocratie, mais c'est la démocratie, malheureusement, qui risque d'en souffrir le plus.

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