Le terroriste imaginaire

John Nuttall et Amanda Korod... (La Presse Canadienne, Darryl Dyck)

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John Nuttall et Amanda Korod

La Presse Canadienne, Darryl Dyck

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(Québec) ÉDITORIAL / Infiltrer une organisation terroriste pour prévenir un attentat, c'est une chose. Mais leurrer des individus vulnérables et exercer des pressions sur eux pour les amener à se compromettre dans un complot terroriste, c'est une tout autre histoire.

La Cour suprême de Colombie-Britannique, l'équivalent de notre Cour supérieure, a rendu la semaine dernière un jugement ordonnant l'arrêt des procédures contre John Nuttall et Amanda Korody, un couple de sympathisants islamistes, qui avait été reconnu coupable d'avoir comploté en vue d'un attentat à la bombe devant le palais législatif de Victoria en 2013.

Les deux accusés ont déjà perdu trois ans en détention pour cette affaire qui remonte à l'été 2013. Le jugement est important parce qu'il constitue un rappel à l'ordre autant pour les forces policières que pour le législateur. Il faut être prudent avant d'adopter des lois qui donneront carte blanche aux corps policiers. Plus que jamais, face à une mouvance qui peut s'infiltrer dans n'importe quel recoin de la société, il faut garder à l'esprit les balises mises en place pour protéger les innocents. 

Le cas de John Nuttall et Amanda Korody n'était pas simple, et la juge Catherine Bruce l'a reconnu dans ce très long jugement. L'accusé avait tenu des propos inquiétants quant à ses sympathies avec les organisations islamistes et son désir de commettre lui-même des actions d'éclat. 

Le problème, c'est que non seulement ses projets étaient irréalistes, mais qu'en plus il n'entreprenait aucune démarche pour les concrétiser et, l'eût-il fait, il n'aurait eu ni les moyens ni la capacité intellectuelle de les mener à terme. Le couple vivait pratiquement coupé du monde. Ils n'ont jamais eu de contact avec des groupes terroristes. Lorsque les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont entrepris leur opération de surveillance, il n'existait aucune preuve, aucune confirmation de quelque action que ce soit en vue de commettre un crime. 

Lorsqu'on lit le jugement, on voit que l'opération policière a été menée comme une opération Mr Big, où un policier se faisait passer pour le dirigeant d'une cellule terroriste. Nuttall rêvait de détourner un sous-marin nucléaire, de faire irruption dans une base militaire avec d'autres djihadistes; ou de construire des roquettes pour attaquer le parlement. Jamais n'a-t-il entrepris, de son propre chef, la moindre démarche pour mener ces lubies à terme. 

John Nuttal et Amanda Korody ne sont que de pauvres rêveurs - même si leur rêve tient du cauchemar - qui n'ont jamais présenté une réelle menace à notre sécurité. Ils méritaient certainement qu'on garde l'oeil sur eux, mais le jugement le plus élémentaire aurait dû convaincre la GRC qu'elle avait d'autres chats à fouetter. 

L'incompétence des enquêteurs aura eu des conséquences désastreuses pour ce couple qui a passé trois ans en détention, alors qu'on aurait probablement mieux fait de référer leur cas aux services sociaux. 

«Les accusés auraient pu se voir imposer l'emprisonnement à perpétuité pour un crime fabriqué par des policiers qui ont exploité leurs vulnérabilités, écrit la juge. Ils leur ont fait croire qu'on les tuerait s'ils n'allaient pas de l'avant... 

Il y a suffisamment de terroristes dans le monde. On n'a pas besoin que la police en crée parmi les marginaux qui n'ont ni la capacité ni la motivation d'agir par eux-mêmes».

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