Nixon, Poutine et le Watergate 2.0

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Des milliers de courriels du Parti démocrate ont été rendus publics par Wikileaks et ont fait déraper la convention qui se déroule cette semaine à Philadelphie.

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(Québec) ÉDITORIAL / Un ou des groupes ont espionné pendant des mois les communications du Parti démocrate. Des milliers de ces courriels ont été rendus publics par Wikileaks et ont fait déraper la convention qui se déroule cette semaine à Philadelphie. Rarement une comparaison avec l'affaire Watergate a-t-elle été aussi justifiée, sauf que cette fois c'est une puissance étrangère, la Russie, qui est accusée.

La thèse ne fait pas encore l'unanimité, mais une analyse publiée par la firme de cybersécurité ThreatConnect laisse peu de doutes sur le pays d'origine des auteurs.

Cette nouvelle affaire montre à quel point les notions d'éthique, d'intérêt public et de légalité doivent être sans cesse redéfinies. En se prêtant au stratagème, Wikileaks a-t-il fait le jeu des services de renseignement russes? Qui a intérêt à déployer autant d'efforts pour espionner sur une aussi longue période un des deux grands partis des États-Unis, sinon les deux?

Il n'est plus nécessaire de cambrioler les bureaux du parti, comme à l'époque de Richard Nixon. Aujourd'hui, il suffit d'envoyer un courriel en apparence anodin, contenant un lien ou une pièce attachée, pour installer un logiciel-espion sur un poste de travail ou un serveur. Mais il restera toujours quelques traces.

Le 15 juin dernier, une firme spécialisée a révélé que les comptes courriel du parti avaient été compromis depuis au moins un an, pointant du doigt les services secrets russes. Le lendemain, un pirate dont personne n'avait entendu parler jusque là, Guccifer 2.0, faisait son apparition. Le personnage se donne beaucoup trop de mal pour attirer l'attention vers lui et disculper les renseignements russes. Les ficelles sont un peu grosses.

La Russie, si elle est réellement derrière cette attaque, a tout intérêt à brouiller les pistes. Non seulement il s'agit d'espionnage, mais en plus ce serait la preuve qu'une puissance étrangère tente activement d'influencer le résultat des élections en cours aux États-Unis. Le prix à payer serait énorme si on arrive à le prouver.

Personne ne sera surpris si cette théorie se confirme. Moscou a amplement démontré sa volonté - et sa capacité - de s'immiscer dans les affaires d'autres pays en se cachant derrière des protagonistes. Elle l'a fait en Crimée et dans l'est de l'Ukraine. Elle a aussi soutenu des attaques virtuelles contre la Géorgie et contre l'Estonie en 2007, lorsque ce pays a retiré une statue qui célébrait la «libération» du pays par les forces soviétiques pendant la Deuxième Guerre mondiale.

L'Estonie est aujourd'hui le pays le plus branché d'Europe, sinon du monde. Toutes ses relations avec les citoyens se font à travers les technologies numériques, et cela peut constituer une vulnérabilité. Craignant une cyberattaque russe, l'Estonie cherche présentement à établir un centre de données quelque part en Europe pour mettre ses dossiers à l'abri.

«Si quelque chose de mauvais devait nous arriver, nous voulons nous assurer que le pays soit en mesure de survivre», a déclaré un responsable estonien au Financial Times.

Le danger ne se limite pas à la Russie. Ce que Moscou peut faire, Washington peut le faire tout autant et ne s'en prive certainement pas. Il faut se faire à l'idée que le numérique est désormais un théâtre d'opérations où la bataille fait rage.

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