Le terrorisme et autres drogues

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Des gens se sont recueillis lundi sur la Promenade des Anglais en hommage aux victimes de l'attentat de Nice.

AFP, Valery Hache

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(Québec) ÉDITORIAL / Nous sommes programmés pour chercher l'ordre dans le chaos, le système dans l'anarchie. Mais ce n'est pas toujours possible. Personne ne pouvait prédire qu'un forcené allait perpétrer un massacre dans les rues de Nice, parce que cet acte a été planifié en marge des réseaux terroristes. Parce qu'il a été planifié par quelqu'un qui n'avait, jusqu'à récemment, jamais été impliqué dans la mouvance islamiste; par quelqu'un qui ne pratiquait pas sa religion, qui buvait, qui flirtait avec les deux sexes; par un déséquilibré, bref, par n'importe qui.

On savait que le groupe du soi-disant État islamique avait lancé un appel à tous ses sympathisants, en mai dernier, les incitant à cibler des civils en Europe pendant le ramadan. On pouvait donc prévoir que le risque d'attentats serait élevé, comme on peut prévoir qu'il y aura d'autres fusillades aux États-Unis, sans être pour autant capable de dire où et quand elles auront lieu. 

Dans le cas des fusillades, la violence et l'horreur sont le plus souvent arbitraires, irrationnelles. Il est plus facile de déplorer cette violence que de la prévoir ou de l'empêcher. La stratégie de l'État islamique est de canaliser cette force, cette énergie destructive, à son profit.

Il est révolu, le temps où l'action terroriste était réservée aux groupes radicalisés, entraînés. Elle emprunte les moyens de son époque. Nous vivons à l'ère de l'externalisation ouverte (crowdsourcing), du code source ouvert (open source). L'État islamique a externalisé une partie de son action en publiant le code source un peu partout. 

Le téléphone et l'ordinateur de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel en ont dit plus aux enquêteurs sur son parcours que les arrestations de ses présumés complices. Lundi, le procureur François Molins a évoqué les recherches que le meurtrier a effectuées dans les derniers mois, à partir du moment où il s'est intéressé à la mouvance djihadiste radicale. 

C'est à travers le Web qu'il s'est familiarisé avec l'imagerie violente, les vidéos de décapitation d'otages, qui sont la marque de commerce de l'EI. Il effectuait des recherches «quasi quotidiennes depuis le 1er juillet» sur des sourates du Coran ou sur les récentes actions terroristes d'Orlando, de Dallas et de Magnanville, a précisé le procureur Molins. 

Ce que l'attentat de Nice nous apprend, avant tout, c'est que les définitions - à savoir qui est un terroriste ou ce qui constitue un acte terroriste - ont de moins en moins de sens et d'importance. 

Une organisation peut porter l'action terroriste chez son ennemi, mais un individu peut aussi faire l'inverse et offrir, en quelque sorte, son geste à l'organisation. Celui ou celle qui se retrouve en rupture avec la société peut ainsi croire, ou se donner l'illusion, qu'il trouve un sens à l'insensé, qu'il crée un ordre dans son chaos intérieur. 

«La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l'âme d'un monde sans coeur, de même qu'elle est l'esprit d'une époque sans esprit. C'est l'opium du peuple», écrivait Karl Marx dans cette citation célèbre. 

Marx voulait détruire la religion, alors que Daech, au contraire, prétend vouloir instaurer un État religieux, un califat. Mais au bout du compte, ces islamistes ressemblent beaucoup plus à des narcotrafiquants qu'à autre chose. 

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