Brexit: simplifier jusqu'à l'extrême

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L'un des chefs de file du camp du Brexit, Nigel Farage, chef du parti Ukip

AFP, Scott Heppell

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(Québec) ÉDITORIAL / Jeudi, les Britanniques diront s'ils veulent continuer, ou non, à faire partie de l'Union européenne. Mais on a vu dans ce débat, comme dans les primaires aux États-Unis, à quel point les idées d'extrême droite, voire le racisme et la xénophobie, s'expriment de plus en plus ouvertement.

Un discours qui aurait été ignoré ou condamné voilà 5 ou 10 ans à peine est devenu presque acceptable. Ces courants d'idées, que nous pensions avoir vaincus dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, refont surface. On croyait les racines disparues, voilà que des feuilles, et des fruits, apparaissent.

Sayeeda Warsi, ex-ministre conservatrice qui siège aujourd'hui à la Chambre des Lords, voulait que la Grande-Bretagne quitte l'Union. Plus maintenant. Les voix et les arguments des eurosceptiques «modérés», dont elle se réclamait, sont noyés dans le flot de «haine et de xénophobie» qui enflamme ce débat, a-t-elle déploré.

Quelques jours à peine après le meurtre, par un militant néo-nazi, de la députée travailliste Jo Cox, le Parti de l'indépendance du Royaume-­Uni (UKIP) publiait une affiche qui montrait une longue file de réfugiés sous le titre : «Breaking Point».

Un autre leader du camp du «Leave», le ministre de la Justice, Michael Gove, a lui-même comparé cette affiche, pourtant issue de son propre camp, à de la propagande nazie. 

De nouvelles têtes d'affiche parlent maintenant au nom de l'extrême droite. Le média numérique Breitbart, fondé en 2007, est leur porte-voix. Un de leurs chroniqueurs, Milo Yiannopoulos, a écrit qu'«il n'y a aucune raison de croire que les musulmans en Europe ont une meilleure opinion des femmes, des homosexuels, des Noirs ou des Latinos, ou de n'importe qui d'autre, que le tueur d'Orlando Omar Mateen».

Un raccourci suffit pour associer des millions de citoyens européens à un tueur fanatisé et déséquilibré. Si on voulait faire la même chose avec Thomas Mair, le tueur de Jo Cox, on dirait de lui qu'il incarne le camp du Non, qu'il représente tous les eurosceptiques. 

Chez lui comme chez Omar Mateen, le facteur qui a facilité le passage de la parole aux actes reste un problème de santé mentale. Ajoutez les autres dimensions, religieuses, idéologiques, sociales, et la chose devient plus en plus difficile à comprendre, de plus en plus complexe. 

Et c'est là, dans la complexité de notre XXIe siècle, dans nos échecs à résoudre les problèmes de ce village global et démesuré que tous les charlatans puisent leur force. 

C'est une histoire vieille comme le monde que cette quête de solutions simples à des problèmes complexes. C'est un besoin viscéral que des charlatans comme Donald Trump ou Nigel Farage savent exploiter. Construire un mur pour repousser des hordes d'immigrants mexicains, autoriser la torture de prisonniers ou le profilage et la surveillance de tous les musulmans aux États-Unis. 

Ces idées se nourrissent aussi de nos échecs. Dans le cas de l'Union européenne, la réponse à la complexité, c'est la bureaucratie et la diplomatie. Le succès ne crève certainement pas les yeux. 

Si l'Europe perd ce référendum, ce ne sera probablement pas la «fin de la civilisation politique occidentale», comme l'a affirmé le président du Conseil européen Donald Tusk. Mais ceux qui auront choisi la facilité risquent d'être déçus. Très déçus.

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