Un massacre à l'américaine

ÉDITORIAL / Le prétexte, ou l'idéologie, sont peut-être venus d'une autre... (Associated Press)

Agrandir

Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / Le prétexte, ou l'idéologie, sont peut-être venus d'une autre culture, mais la tuerie qui a fait 50 morts à Orlando, et marquera à jamais les survivants, est profondément américaine. La façon d'opérer, l'arme utilisée, la bigoterie, tout ça se trouvait à portée de la main du tueur, aux États-Unis.

Au lendemain de cette tragédie, Donald Trump, futur candidat du Parti républicain à la présidence, a attisé la haine et la méfiance de ses concitoyens avec toute la démagogie dont il est capable.

Il répand des faussetés sur l'immigration, faisant croire que le pays assiste à une invasion en provenance de pays musulmans. La réalité c'est qu'en 2013, sur plus de 990 000 immigrants, moins de 5 % provenaient de pays musulmans.

Les États-Unis n'ont aucun besoin de l'extrémisme musulman pour fabriquer la terreur. Il y a dans ce pays plus d'armes que de citoyens. Le fusil le plus vendu est le AR-15, celui-là même qu'a utilisé le tueur d'Orlando, ou ceux de San Bernardino, ou celui de Newtown, tous des meurtriers qui sont nés et ont grandi aux États-Unis, ne l'oublions pas.

Il y a aussi, aux États-Unis, plus de AR-15 que le pays compte de musulmans.

La radicalisation n'est pas ce phénomène à sens unique que Donald Trump tente de faire avaler aux électeurs. Les nouveaux arrivants, leurs enfants qui naissent et grandissent dans cette société, sont aussi exposés à des courants radicaux, à un discours xénophobe, enraciné dans une culture qui valorise les armes, l'agressivité, une méfiance à l'égard de l'État qui frise parfois la paranoïa.

Ce ne sont pas des musulmans qui ont établi un siège armé dans une réserve fédérale d'Oregon il y a quelques mois à peine.

Ce ne sont pas des musulmans non plus qui ont voté un ensemble de lois en Floride, là même où s'est déroulé ce carnage, pour autoriser le port d'armes au travail, dans les loisirs, et dans la voiture. C'est l'État le plus permissif en cette matière de tous le pays.

La National Rifle Association (NRA) est le plus puissant allié objectif sur lequel Daech peut s'appuyer. Grâce à la NRA et à son influence sur les législateurs du Congrès et des États, l'organisation terroriste n'a aucun besoin d'infiltrer d'armes aux États-Unis. Il suffit qu'un déséquilibré ou un fanatique, inspiré par sa propagande, décide de passer à l'acte. Il n'aura aucun mal à formuler et exécuter son plan. La recette est déjà toute prête.

Hier, dans son discours, Donald Trump a annoncé que c'est auprès de la NRA qu'il irait chercher conseil pour formuler son plan d'action pour la défense des États-Unis. C'est du pur délire.

«Ils menacent notre mode de vie», a-t-il affirmé à propos des immigrants de religion musulmane, qu'il voit comme un seul groupe homogène. Sa déclaration, tout d'abord, ne fait aucune distinction entre victimes et meurtriers. Dimanche, le jour même du massacre d'Orlando, 21 personnes, dont cinq enfants, ont été tuées lorsqu'un marché d'Idlib, en Syrie, a été bombardé par les forces progouvernementales. Sont-elles si différentes des victimes du Pulse?

Mais surtout par son attitude et son aveuglement, Donald Trump ignore totalement le fait que dans ce «mode de vie» qu'il idéalise, se trouvent des éléments qui alimentent ou à tout le moins facilitent cette violence. Cet homme qui se prétend capable d'affronter les démons s'apprête en réalité à leur donner les clés de son pays.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer