Ne tirez pas sur Radio-Canada

ÉDITORIAL / La guerre de mots déclenchée par les diffuseurs privés à l'endroit... (Archives La Presse)

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(Québec) ÉDITORIAL / La guerre de mots déclenchée par les diffuseurs privés à l'endroit de Radio-Canada n'est pas vraiment nouvelle. Le débat autour de la «mission» de Radio-Canada, ou de sa «complémentarité» avec les chaînes privées est presque aussi vieux que la société d'État elle-même.

Le dernier budget fédéral n'avait rien d'une surprise. Le gouvernement libéral a confirmé la promesse faite en campagne électorale d'injecter des fonds additionnels dans CBC/Radio-Canada, soit 75 millions $ cette année et 150 millions $ annuellement les quatre années suivantes. 

Les diffuseurs privés québécois se sont alarmés de cette annonce. Selon les patrons de Groupe TVA, Groupe V et Groupe Serdy, cet investissement menacerait le «fragile équilibre» de l'industrie québécoise. Ils veulent avoir leur mot à dire dans une consultation publique sur le mandat de Radio-Canada et le rôle respectif des diffuseurs publics et du diffuseur privé.

C'est tout à fait légitime et ils auront une première occasion de le faire plus tard cette année dans le cadre de la consultation annoncée par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, qui veut redéfinir le rôle du gouvernement pour soutenir la création de contenu à l'ère numérique. 

Mais on a tort de prétendre que l'injection de fonds dans le diffuseur public risque de tout faire basculer. 

À l'appui de leurs revendications, les diffuseurs privés ont dressé la liste de quelque 30 annonces faites par Radio-Canada depuis le dépôt du budget, comme si la société d'État s'était lancée dans une folie dépensière grâce à la manne budgétaire. 

Ce n'est pas vraiment le cas. La liste est un fourre-tout qui inclut des annonces pour combler des cases horaires laissées vacantes par la fin d'autres séries; la poursuite de collaborations de longue date avec des auteurs, des animateurs, un partenariat avec ARTE France, qui cadre tout à fait avec la mission de Radio-Canada, prolongement d'une collaboration qui dure depuis plus d'une décennie. 

On reproche aussi à Radio-Canada de se livrer à une surenchère pour acquérir des séries américaines comme Empire et UnREAL. Peut-être. Et on aura l'occasion de faire valoir ce point cet automne. Cela dit, il n'y a pas vraiment matière à déterrer la hache de guerre contre la société d'État, comme le font les diffuseurs privés depuis deux mois. 

Le patron de Québecor, Pierre Dion, s'étonne que Radio-Canada affiche une hausse de 6 % de ses revenus entre 2010 et 2014 quand les télés généralistes ont encaissé une baisse de 16 %. Il devrait aussi dire qu'en 2015, Radio-Canada a essuyé une baisse de 10 % de ses revenus, et que cette baisse était de plus de 20 % dans tout le pays pour CBC/Radio-Canada. 

On passe aussi sous silence les coupures de postes, la mise en vente des immeubles, l'abandon de la production de documentaires, qui sont le résultat des compressions imposées par le précédent gouvernement. 

Le Canada doit pouvoir compter sur un diffuseur public qui a les moyens d'offrir une programmation de qualité. Il y a certainement lieu d'en améliorer l'imputabilité, mais ce n'est pas en coupant les ailes de Radio-Canada ou de CBC qu'on va faciliter la transition vers la diffusion numérique. 

La dynamique du marché québécois a peu de choses en commun avec celle du Canada anglais, et Radio-Canada y a toujours apporté une contribution essentielle, dont tout le monde profite. Il faut espérer que ça continue.

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