Des ouvriers pieds et poings liés

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(Québec) ÉDITORIAL / La décision que vient de rendre le Tribunal administratif du travail, sur le traitement infligé à des ouvriers agricoles du Guatemala par leur employeur québécois, nous rappelle à quel point cette classe de travailleurs est vulnérable.

Ce reportage de La Presse est paru au moment où, à Ottawa, le Comité permanent des ressources humaines se penche sur le Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) et le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). 

Le sort réservé en 2012 à ces quatre travailleurs n'est pas pour autant représentatif des conditions de travail de toutes les fermes du Québec ou du Canada, mais leur vulnérabilité, la crainte de dénoncer, la peur de ne pas pouvoir revenir travailler sont encore la norme. 

Un autre reportage, diffusé lundi sur le réseau anglais de Radio-Canada, relatait la mort d'un ouvrier jamaïcain, Sheldon McKenzie, en Ontario, des suites d'un accident de travail. 

Alors qu'il était dans le coma, les autorités ont voulu l'évacuer en Jamaïque. Pourquoi? Parce qu'un travailleur blessé, qui n'est plus en état de travailler, perd son visa de travail, et l'assurance santé qui en découle. Il a fallu que sa famille ait recours à des avocats pour empêcher ce rapatriement.

Une étude a été publiée en 2014, dans le Journal de l'Association médicale canadienne, sur 787 cas de «rapatriement médical» en Ontario. Cette politique, concluent les auteurs, fait en sorte qu'un accident de travail est en même temps une déportation internationale et une cessation d'emploi, sans aucun recours. Aucun autre groupe d'individus au Canada ne voit ainsi ses droits lui être retirés d'une manière aussi brutale.

Le recours à cette main-d'oeuvre ne cesse d'augmenter, au Québec comme dans les autres provinces. Les producteurs ne manquent jamais d'insister sur leur apport important pour notre économie et pour le secteur agricole. Mais c'est autre chose quand vient le temps de matérialiser notre reconnaissance à leur endroit.

On leur refuse le droit d'immigrer, on nie leur droit d'association syndicale, avec l'adoption par le gouvernement Couillard du projet de loi 8 en 2014. Ils sont, à vrai dire, entièrement dépendants de leur employeur. Le rapport de forces penche d'un seul côté et ni les représentations des syndicats ni les dénonciations et les avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse n'y ont changé quoi que ce soit. 

Les travailleurs saisonniers étrangers vivent dans un monde parallèle, qui n'est pas celui de notre époque, gardés arbitrairement et artificiellement à l'écart des autres travailleurs. Une main-d'oeuvre à bon marché.

Le Conseil canadien pour les réfugiés réclame des changements pour mener vers une équité qui, dans l'état actuel, est inexistante. On demande d'accorder aux travailleurs migrants un permis de travail ouvert, pour qu'ils ne soient pas liés à un seul employeur. 

On demande aussi de leur donner accès à la résidence permanente «afin de résoudre les problèmes qui découlent de la précarité de leur statut d'immigration». Les producteurs agricoles eux-mêmes sont majoritairement favorables à cette dernière demande. 

Si ces travailleurs sont aussi essentiels qu'on le dit à notre économie, notre relation avec eux ne peut pas être à sens unique. Elle doit se faire d'égal à égal.

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