Uber, ou comment «McDonaldiser» le taxi

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(Québec) ÉDITORIAL / On saura la semaine prochaine, quand le ministre des Transports Jacques Daoust va déposer son projet de loi, si Québec se tient debout face à Uber. Il le faut. Si le gouvernement fait l'erreur de mettre le doigt dans cet engrenage, il risque d'y perdre le bras.

La bataille ne s'arrêtera pas là. La compagnie n'a aucune intention de prendre ses jambes à son cou, contrairement à ce que prétend le directeur d'Uber pour le Québec. Elle va peut-être battre en retraite, mais elle ne lâchera pas le morceau. 

Tout ça, les activités illégales d'UberX, la campagne de publicité, les arguments récités bêtement en commission parlementaire, n'est que la répétition d'un script écrit par d'autres et appliqué partout où Uber veut étendre ses tentacules. Le patron d'Uber Québec est une marionnette, les décisions se prennent ailleurs. 

La compagnie de San Francisco a enregistré des pertes de 987 millions $ au premier semestre de 2015, selon des documents publiés en janvier dernier aux États-Unis. C'est à ce niveau-là que la partie se joue, et les acteurs locaux sont des pions.

Il y a tellement de bonnes raisons de fermer la porte à ce modèle qu'on ne sait plus où commencer. Ce n'est pas l'«économie de partage», dont se réclame faussement la multinationale, qui pose un problème. Au contraire, elle peut être porteuse de changements positifs. Le danger, c'est le modèle d'affaires qu'Uber veut imposer à la grandeur du globe. L'entreprise veut soustraire une activité économique du contrôle de l'État, en lui accolant l'étiquette de partage, pour en détourner une partie dans ses coffres, à l'abri de l'impôt. 

La stratégie est partout la même : offrir un service au rabais, en dehors du cadre légal, pour recruter des milliers de conducteurs et des dizaines de milliers d'usagers. On bâtit ainsi une masse critique pour ensuite faire pression sur le gouvernement. Jean-­Nicolas Guillemette, directeur d'Uber au Québec, n'a pas inventé ça, il suit la recette à la ligne. Uber est à l'économie de partage ce que McDonald's est au hamburger. 

Si on ouvrait la porte à ça, il y aurait une multiplication du nombre de chauffeurs, qui seront alors à la merci de la multinationale, libre de changer les règles à sa guise pour presser le citron. C'est ce qu'elle fait déjà dans plusieurs villes des États-Unis. Québec n'aurait pas plus de contrôle sur cette activité économique que nous n'en avons, par exemple, sur Facebook.

Toronto est tombée dans ce piège, rien ne nous oblige à répéter son erreur. La métropole ontarienne a accepté d'assouplir les règles en ce qui a trait à la formation des chauffeurs, d'autoriser les hausses de prix en période de forte demande et de ne plus imposer les pneus d'hiver dans la saison froide. Au lieu de chercher à améliorer la qualité du service, on fait le contraire. Et la Fédération des chambres de commerce du Québec qui veut jouer dans ce film-là. Non merci.

Laissons le mot de la fin à un notaire, Alain Fecteau, qui a déposé un mémoire éloquent à la Commission des transports et de l'environnement. «On a choisi l'accès à l'éducation, l'accès aux soins de santé, les garderies subventionnées... parce que l'on paie des impôts et des taxes, écrit-il. Ce sont ces mêmes usagers et chauffeurs d'Uber, qui aujourd'hui fraudent le système, qui vont, demain, réclamer haut et fort ces services.»

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