L'intérêt de qui au juste?

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Des actions multivotantes n'auraient empêché ni la vente de RONA ni celle de St-Hubert.

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(Québec) ÉDITORIAL / Les angoisses du président du conseil exécutif d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, à La Presse se sont répercutées jusqu'à Québec cette semaine. Dans cinq ans, les actions multivotantes que détiennent les fondateurs de Couche-Tard, qui leur donnent droit à 10 votes par action, seront converties en actions ordinaires.

Selon M. Bouchard, l'entreprise sera alors vulnérable à une offre d'achat, et le Québec risque de perdre un autre siège social. Il n'en fallait pas plus pour qu'on demande au gouvernement provincial de faire quelque chose, sans qu'on sache trop quoi.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a bien fait de ne pas alimenter ce psychodrame. Québec serait «toujours là», a-t-il assuré, si jamais M. Bouchard avait besoin d'aide. Québec doit faire preuve de prudence, avant de changer les règles du jeu ou de mobiliser des fonds publics dans le seul but de calmer les inquiétudes d'une catégorie d'investisseurs ou d'une partie de l'électorat. 

Le problème avec les actions multivotantes, c'est qu'il est difficile de distinguer l'intérêt des détenteurs de l'intérêt public. Et il est aussi difficile de distinguer deux problématiques : le transfert d'actions aux héritiers, et le maintien d'un siège social. 

«Pourquoi je laisserais à mes enfants des actions d'une entreprise sur lesquelles ils n'exercent pas de contrôle?» s'inquiète-t-il dans l'article de La Presse

Il n'y a rien dans la mécanique des actions multivotantes qui offre quelque garantie que ce soit de protéger l'intérêt du Québec. Elles n'auraient empêché ni la vente de RONA ni celle de St-Hubert.

M. Bouchard nous en offre d'ailleurs une démonstration. À la seule idée de voir cette protection disparaître, voilà qu'il pense à se servir de sa position de contrôle pour vendre l'entreprise. «Je suis un peu fataliste, mais si ça force la vente de Couche-Tard éventuellement, eh bien, ça arrivera», déclare-t-il. 

Ce qu'on nous présente comme le remède à l'exode des sièges sociaux peut aussi bien servir à faire l'inverse, selon le bon plaisir de ceux et celles qui sont en position de contrôle.

La seule chose dont on peut être certain, c'est que dans10 ou même 20 ans, ce débat continuera de faire rage. Non seulement les actions multivotantes ne sont pas près de disparaître, elles sont devenues la norme dans le secteur des technologies, jusque chez des géants comme Google et Facebook. 

La question n'est pas de savoir s'il faut condamner ou bénir la pratique, mais plutôt de se demander comment on doit l'encadrer, quelles limites ou mesures de contrôle doivent être mises en place pour atteindre une cible précise. Il ne faut pas faire l'erreur d'instaurer un régime où des dirigeants d'entreprise se voient offrir un chèque en blanc avec l'argent des autres. 

Les Principes de gouvernement d'entreprise du G20 et de l'OCDE nous mettent en garde contre cette dérive : «Le risque d'abus est prononcé lorsque le droit permet, et le marché accepte, que les actionnaires de contrôle exercent un contrôle sans rapport avec les risques qu'ils assument en tant que détenteurs du capital.»

Les actions à droit de vote multiple ne sont pas une panacée, sinon pour quelques-uns. La solidité d'une entreprise repose aussi, et même surtout, sur les liens de confiance que les dirigeants nouent avec leurs actionnaires.

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