Entre l'horreur et la propagande

Des gens font la file pour attendre l'autobus,... (AP, Martin Meissner)

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Des gens font la file pour attendre l'autobus, après les attentats de Bruxelles, mardi.

AP, Martin Meissner

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(Québec) ÉDITORIAL / La violence a frappé au coeur même de l'Europe hier. Après Paris, les terroristes qui se réclament du soi-disant État islamique ont visé Bruxelles. Ces attentats meurtriers ont dû être soigneusement préparés, coordonnés, mais ils ne constituent pas pour autant une démonstration de force de l'organisation extrémiste.

Comme les attentats de Paris, ceux de Bruxelles visaient des lieux publics non protégés, et une population civile sans défense. Les auteurs de l'attaque voulaient provoquer le maximum de dommages, au moindre coût. Sur ce plan-là, ils ont réussi.

Sans minimiser le drame humain, il faut se rappeler que l'ampleur de cette attaque est relative, quand on la mesure à l'échelle des carnages et des tragédies qui déchirent le Moyen-Orient. Les islamistes ont malgré tout frappé un secteur névralgique en ciblant les transports de la capitale européenne. Leur action aura un impact significatif sur la mobilité et sur le moral de la population.

Cette attaque va causer une douleur profonde à la population bruxelloise, mais sur le plan stratégique, représente-t-elle un gain, un avantage pour l'organisation terroriste? L'objectif de l'État islamique a toujours été la création de son prétendu «califat», sur lequel repose toute sa propagande. Qu'a-t-il à gagner en exportant ainsi sa violence?

L'État islamique contrôle un large territoire, mais cela entraîne des coûts en termes d'argent comme en ressources humaines, pour l'administration, la perception des taxes, prodiguer des soins de santé, alimenter la population, verser un salaire aux combattants. Des documents internes du groupe islamiste, dévoilés en décembre 2105 par le Guardian, montrent que l'organisation subit des pressions grandissantes à tous les niveaux. Elle a dû couper les salaires de moitié pour tous les combattants dans son fief de Raqqa, et hausser les taxes imposées à la population. Elle peine à garder les médecins, à prévenir les désertions.

Un coup d'éclat comme celui qu'elle vient de perpétrer en Belgique constitue une victoire qui sert sa propagande, mais elle profite plus à son image qu'à ses intérêts immédiats.

Car avec cette nouvelle attaque, la traque ne va que s'intensifier. On peut déjà soupçonner que l'arrestation de Salah Abdeslam peut avoir forcé la main des terroristes.

Le champ de bataille reste néanmoins le Moyen-Orient, et surtout la Syrie. Le régime Assad sert encore de parapluie sous lequel l'État islamique peut se cacher, alors que le groupe joue le rôle de paratonnerre pour le régime, lui permettant de continuer à s'accrocher au pouvoir. Tant qu'on ne parviendra pas à briser cette symbiose, on ne pourra pas espérer mettre un terme à ces massacres d'innocents.

Les négociations en cours à Genève offrent le premier espoir, depuis des années, de dénouer l'impasse, mais elles risquent fort d'achopper sur le sort du dictateur syrien, premier responsable de ce désastre humanitaire colossal.

Comme ça s'est produit après la tuerie du Bataclan, on verra une vague de sympathie envers les victimes de cette attaque sanguinaire. Mais il ne faudrait pas qu'elle s'arrête là. On doit aussi penser aux autres, aux millions d'autres qui ont dû fuir leur pays, à tous ces civils de Syrie, de l'Irak, de Libye, aux citoyens du Yémen, pour qui cette horreur est devenue une réalité presque quotidienne.

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