Le boulet d'Hydro-Québec

ÉDITORIAL / Chaque année, Hydro-Québec se fait rappeler le prix d'une erreur... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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(Québec) ÉDITORIAL / Chaque année, Hydro-Québec se fait rappeler le prix d'une erreur que la société d'État traînera comme un boulet pendant encore 10 années, au moins. Un journaliste du Devoir a en effet calculé qu'il en coûtera aux Québécois près de 2 milliards $, entre 2008 et 2036, pour une centrale qui ne sera utilisée, au mieux, qu'entre 100 et 300 heures par année, en période de pointe hivernale.

Si un contrat devait illustrer le danger, pour une société comme Hydro, de s'engager à long terme envers l'énergie thermique, ce serait celui-là. Le rapport du BAPE, en 2004, était prophétique à cet égard : «Le choix de retenir la filière thermique équivaut à accorder un caractère quasi permanent à une solution qui en principe n'est pas privilégiée.»

La prévision de la demande en électricité est un exercice périlleux. Les pénuries du début des années 2000 se sont transformées en surplus en quelques années seulement. Mais une fois le contrat signé, Hydro se retrouvait pieds et poings liés devant TransCanada Énergie. Si elle avait été propriétaire de la centrale, elle aurait pu limiter ses pertes.

En Ontario, l'annulation de deux projets de centrales thermiques a provoqué la chute du gouvernement McGuinty. Il n'y a pas eu, au Québec, l'ingérence politique qui a tout fait déraper en Ontario, mais cela dit, l'ampleur des pertes à Bécancour dépassera celles encourues dans le fiasco ontarien. Un rapport du vérificateur général de l'Ontario estimait que l'annulation de deux projets aura englouti près d'un milliard de dollars. Le promoteur était, là aussi, TransCanada.

Hydro-Québec a conclu, l'an dernier, une nouvelle entente avec le fournisseur d'énergie pour utiliser la centrale de Bécancour en période de pointe jusqu'en 2036. La Régie, là encore, a donné son approbation. Elle n'avait guère le choix, puisque c'est elle-même qui avait demandé à Hydro d'explorer cette avenue, afin de limiter les dégâts.

La nouvelle entente est présentée comme un amendement au contrat, qui prévoyait à l'origine d'utiliser la centrale à longueur d'année. Hydro soutient que le prix du kilowattheure est inférieur aux autres solutions qui s'offrent à elle pour combler ses besoins en puissance. Peut-être, si on ne tient pas compte de la pénalité qu'elle doit payer chaque année jusqu'en 2026, mais comme plusieurs éléments de l'entente sont confidentiels, on n'a qu'une vision partielle du coût.

Là encore, si Hydro avait été propriétaire de la centrale, elle aurait pu la convertir pour la production de pointe à moindre coût. 

S'il faut chercher une raison de se consoler, ce n'est pas dans cette entente qu'on la trouve, c'est plutôt dans les émissions de COdont nous aurons fait l'économie. En 2004, le BAPE avait déjà conclu que c'était l'enjeu majeur de ce projet, qui allait «hypothéquer les efforts que le Québec devra déployer dans la foulée du Protocole de Kyoto».

Il n'y a pas si longtemps, M. Couillard était à Paris pour vanter les politiques du Québec en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Comment, après Paris, pourrait-on justifier la réactivation d'une centrale qui représente des rejets de 1,9 million de tonnes de GES à l'échelle canadienne, dont 1,5 million de tonnes au Québec.

La conversion en centrale de pointe est sans doute la seule chose qu'on puisse faire avec cette usine, si on prend les engagements de Paris au sérieux.

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