Un recul pour tout le Moyen-Orient

Des femmes ont manifesté en Iran, lundi.... (AFP, Atta Kenare)

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Des femmes ont manifesté en Iran, lundi.

AFP, Atta Kenare

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(Québec) ÉDITORIAL / L'exécution du prédicateur chiite Al-Nimr par l'Arabie Saoudite vient de polariser encore plus, si cela était possible, les conflits qui embrasent presque tout le Moyen-Orient. L'escalade des tensions entre l'Iran et le régime saoudien vient creuser le fossé entre chiites et sunnites et rend encore plus improbable la résolution des conflits régionaux où la population civile paie le prix d'une folie meurtrière.

On s'enfonce encore un peu plus dans la haine et la violence alors qu'il faudrait, plus que jamais, recourir à la raison et la diplomatie pour mettre fin aux massacres d'innocents.

Téhéran et Riyad ont toutes deux soufflé sur les braises. Même si le régime dit «réformiste» en Iran a déployé beaucoup d'efforts pour réintégrer la communauté internationale, ses mains sont tachées de sang. Amnistie internationale a dénombré plus de 700 exécutions en 2014 dans ce pays, qui a longtemps soutenu le terrorisme islamiste.

Le gouvernement Rouhani tente de calmer le jeu, après la destruction de l'ambassade saoudienne de Téhéran par des manifestants, mais la communauté chiite attend de lui une réponse ferme à la provocation, d'autant plus qu'il avait déjà annoncé, en octobre dernier, que Riyad «paierait cher» l'exécution du prédicateur.

L'Arabie Saoudite a exécuté, en une seule journée, près de 50 personnes, en majorité des soi-disant «terroristes». La manoeuvre ne trompe personne. Le nombre élevé d'exécutions ne visait qu'à servir de paravent, dans l'espoir d'atténuer les réactions qu'allait immanquablement provoquer la mise à mort de ce prédicateur, devenu une figure de proue de sa religion. 

Si la religion est l'«opium du peuple», comme le disait si bien Marx, en Arabie Saoudite, c'est l'État qui est le fournisseur. L'islam est le levier par lequel la famille royale, et le régime qui gravite autour d'elle, se maintient au pouvoir. La religion et la politique sont des concepts interchangeables dans cette partie du monde, tant l'une est imbriquée dans l'autre. 

Contester la monarchie revient à contester Dieu dans un système où le seul fait d'évoquer des «pensées athées» suffit pour encourir la peine de mort. 

Mais c'est d'abord et avant tout pour préserver son statut et ses privilèges que Riyad a éliminé ce prédicateur qui souhaitait la fin de la monarchie et l'égalité pour ses coreligionnaires chiites.

Ce geste est aussi un défi lancé à l'Iran, dont l'Arabie Saoudite voit d'un mauvais oeil le retour en grâce sur la scène internationale, et le rôle qu'il pourrait jouer dans un fragile espoir d'apaisement en Syrie.

Cet espoir vient pratiquement de s'évanouir avec cette escalade de la tension, autant en Syrie qu'au Yémen. Ce dernier conflit, qui aurait dû, dans l'intérêt des populations civiles, se résoudre par des actions politiques plus que par une intervention militaire, est désormais devenu une affaire de religion. Et chaque nouvelle journée de violence est une occasion de plus pour que les groupes extrémistes s'immiscent dans le conflit.

La réaction du Canada, qui a exprimé sa «déception», a d'abord été timide, pour ne pas dire timorée, à l'annonce d'une exécution qui sape tous les efforts de rapprochement. Il était de toute façon déjà trop tard. C'est en octobre et en novembre qu'Ottawa aurait dû, avec ses alliés, envoyer un message clair à l'Arabie Saoudite.

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