Manquer d'ambition aura aussi un prix

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La science ne dit pas que les effets d'un réchauffement de 2 °C sont acceptables.

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(Québec) ÉDITORIAL / Les négociations sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), à Paris, pourraient aboutir à un accord plus «ambitieux» que prévu qui irait au-delà de la cible de 2 °C de réchauffement jusqu'ici acceptée.

Nous vivons présentement un paradoxe. Notre monde se dirige tout droit vers un réchauffement de 4 degrés. Les pays ont jusqu'ici pris des engagements qui pourraient ramener le réchauffement à 3 degrés, mais s'apprêteraient à adopter une cible de 1,5 degré. 

Quelle sera la valeur de cet engagement? Lorsqu'on regarde la courbe des émissions de GES depuis 1950, on voit que ni le Sommet de la Terre (1992), ni le protocole de Kyoto (1997), ni la conférence de Copenhague n'ont permis d'enrayer l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère. Le scepticisme s'impose donc relativement aux ambitions des négociateurs à Paris, mais il n'interdit pas tout espoir non plus. 

On a souvent comparé notre situation à celle du Titanic. Nous savons que la vitesse du navire, dans un champ d'icebergs, multiplie le risque de collision. Nous savons qu'un iceberg se trouve droit devant nous. Plus on retarde le freinage, plus celui-ci devra être violent pour éviter la collision. 

Pour revenir à la COP21, attendre que se produisent d'autres désastres environnementaux pour agir, c'est comme attendre d'avoir touché la glace pour appliquer les freins. L'effort pour éviter le pire devient alors démesuré.

C'est ça que veut éviter une «coalition de haute ambition», qui tente de faire adopter la cible de 1,5 degré. Hier, le Canada s'est joint à ce groupe informel, qui réunit quelque 80 pays, allant des plus vulnérables, comme les îles Marshall, aux plus riches comme l'Union européenne et les États-Unis. 

Ce groupe doit convaincre l'équipage de notre navire planétaire de l'imminence du danger. «La science crève les yeux», a déclaré hier le secrétaire d'État des États-Unis, John Kerry. 

Et pas seulement la science. La Chine a décrété l'alerte rouge à Pékin en raison de la pollution atmosphérique, pendant que se déroulent ces négociations. Cela nous rappelle que notre monde a déjà changé et que le temps presse. 

S'il y a un signe encourageant à tirer de ces pourparlers c'est le rôle positif et l'influence que le Canada, incluant le Québec et les autres provinces, auront eu sur l'issue de la conférence. Cela aurait été impensable voilà quelques semaines à peine. 

Et si la cible de 1,5 degré se confirme, plusieurs voudront sans doute y voir un parallèle avec le protocole de Kyoto, où le décalage entre les objectifs et les moyens a été fatal. Il reste juste à souhaiter qu'on en ait tiré des leçons. 

Toute cible inférieure à 2 °C sera jugée «ambitieuse», mais il faut se rappeler que ce 2 degrés de réchauffement n'a jamais été un absolu et qu'il ne représente pas un consensus scientifique. Il s'agit d'abord et avant tout d'un compromis politique. 

La science ne nous dit pas que les impacts d'un réchauffement de 2 degrés sont acceptables. Au contraire. Ce sont des gouvernements qui en ont fait une norme, et celle-ci est arbitraire. 

Il va se dire et s'écrire beaucoup de choses sur les coûts que risque d'entraîner ce redressement de nos ambitions. Quelle que soit l'issue de la conférence, celle-ci ne peut pas se résumer aux seules cibles de réduction. Elle doit aussi préciser le prix environnemental et humain que nos décisions vont entraîner, et dire qui va le payer.

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